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Fabriquer un smartphone éthique

Par Nina SIEGAL | Edition N°:4891 Le 04/11/2016 | Partager
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Dans un vaste ancien entrepôt du quartier des docks de l’est à Amsterdam, une cinquantaine de jeunes entrepreneurs œuvrent à perfectionner le premier smartphone socialement responsable au monde: le FairPhone (Ph. FairPhone)

Les raisons pour ne pas acheter un téléphone mobile abondent, du moins d’un point de vue éthique. Un smartphone est composé d’une quarantaine de minerais dont beaucoup proviennent de pays pauvres. Les pratiques d’extraction y sont proches de l’exploitation, tandis que les profits miniers peuvent financer des conflits locaux.
Dans un vaste ancien entrepôt du quartier des docks de l’est à Amsterdam, une cinquantaine de jeunes entrepreneurs œuvrent à perfectionner le premier smartphone socialement responsable au monde: le FairPhone. Le fondateur Bas van Abel et les co-fondateurs Miquel Ballester et Tessa Wernink n’avaient aucune expérience dans la production de téléphones, mais ils étaient convaincus que c’est de l’intérieur que l’on peut le mieux impacter une industrie. Lorsqu’ils se sont rencontrés, Bas van Abel et Miquel Ballester évaluaient le potentiel du marché de l’électronique équitable à l’Open Design Lab de la Waag Society, une fondation à but non lucratif. Tessa Wernink était quant à elle responsable marketing et communication. Pour bien prendre la mesure du défi, l’équipe part en mission d’enquête dans l’est de la République Démocratique du Congo, où de nombreux minerais sont extraits, ainsi qu’en Chine, où la plupart des téléphones sont produits. Ils mènent par ailleurs des recherches poussées sur les technologies embarquées dans les smartphones. Ensemble, ils identifient des moyens d’améliorer les pratiques sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’industrie, des matières premières au recyclage.
En 2013, FairPhone reçoit un premier investissement de 400.000 euros (450.000 dollars) et lance une campagne de crowdfunding qui dépasse son objectif: 25.000 téléphones sont vendus avant même que la production ne commence. «Soudain, nous nous retrouvions avec 3 millions d’euros sur notre compte sans avoir jamais fabriqué un seul téléphone», raconte Tessa Wernink. FairPhone s’associe avec une petite usine chinoise adhérant aux principes du commerce équitable, et vend son premier modèle à 60.000 exemplaires. Le modèle suivant, FairPhone 2, est plus complexe. Modulaire, il permet à toute personne équipée d’un petit tournevis de remplacer les pièces cassées – et bientôt les pièces qui auront été mises à jour. Plus de 50.000 unités s’en sont vendues, au prix de 525 euros, depuis juillet 2015.
Déployer un réseau de distribution fait partie des défis auxquels FairPhone s’est trouvé confronté. Il est en effet compliqué de vendre hors d’Europe, notamment en raison des spécifications techniques propres à chaque marché. Il est par ailleurs impossible à l’entreprise de garantir une chaîne d’approvisionnement irréprochable pour chaque minerai. Elle promet cependant qu’au moins quatre de ses composants – étain, tantale, tungstène et or – proviennent de mines certifiées exemptes de lien avec un conflit. Aujourd’hui, l’entreprise gagne 9 euros par téléphone vendu. Ses revenus sont présentés avec la plus grande transparence sur son site Internet. En plus de collaborer avec des usines qui promeuvent des conditions de travail équitables, FairPhone finance un programme social en faveur des ouvriers. L’entreprise s’attaque également aux déchets électroniques. Pour chaque FairPhone vendu, 3 euros sont réservés au recyclage des téléphones mis au rebut au Ghana, au Rwanda, au Cameroun et en Ouganda, en partenariat avec l’organisation néerlandaise de recyclage Closing the Loop.
L’objectif cette année est de vendre 100.000 téléphones, ce qui assurerait sa rentabilité. Que cela se réalise ou non, l’objectif de FairPhone est atteint. «Le but n’est pas de dominer le marché», explique Fabian Hühne. «Le but est d’inspirer d’autres entreprises, et de collaborer avec d’autres entreprises pour les aider à suivre notre exemple».

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