Economie

Hamid Tawfiki: «Le Maroc peut se positionner en hub financier vert»

Par Safall FALL | Edition N°:4890 Le 03/11/2016 | Partager
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Hamid Tawfiki est administrateur directeur général de CDG Capital et membre du comité scientifique de la COP22

L’International Development Finance Club (IDFC) regroupe 23 institutions financières de développement nationales, régionales et internationales. La Caisse de dépôt et de gestion (CDG) est membre fondateur et CDG Capital, son sherpa. L’institution, en partenariat avec l’Agence française de développement (AfD), réunit ce réseau à Casablanca ce samedi 5 novembre autour de la problématique du financement climatique. Les membres de l’IDFC engagent près de 100 milliards de dollars dans le soutien de projets, programmes et activités écologiques et climatiques dans le monde entier.

- L’Economiste: La question du financement sera au cœur de la problématique climat dans les années à venir. Notamment pour la mise en œuvre de l’accord de Paris. Quelle devrait être concrètement la contribution des institutions financières publiques?
- Hamid Tawfiki:
La lutte contre le réchauffement climatique est une initiative globale qui comprend de nombreuses intentions qui sont, ou devront être, traduites en projets. La finance climatique donne les moyens de réaliser concrètement ces intentions. Les institutions financières publiques jouent un rôle clé pour combler les principales lacunes de financement de projets et programmes de développement durable. Elles ont une mission d’intérêt général, qui est celle d’effectuer le financement de projets où les capitaux privés peuvent se montrer frileux. A cet égard, les membres de l’IDFC peuvent témoigner notamment d’une expérience réussie et mesurable de l’intégration de questions de changement climatique et des risques associés dans leurs mandats de développement.
- Comment se traduit concrètement la stratégie de CDG Capital sur ce segment du «climate finance»?
- Réussir la transition majeure, que le monde est en train d’aborder, requiert des ressources financières importantes. Il faut se poser la question de savoir, quelles sont les sources de capitaux disponibles pour financer ces chantiers? Le financement de ces chantiers provient d’agences publiques de coopération et de développement, des entités mises en place par les Nations unies dans le cadre de son programme UNFCCC, et des investissements privés. CDG Capital se positionne en tant que conseiller financier sur ce domaine, pour structurer les projets en apportant une ingénierie financière et  ainsi drainer un mix adéquat de ressources financières nécessaires.
En effet, CDG a participé en 2011 à la création de l’IDFC et assure depuis la vice-présidence de ce club. CDG Capital, en tant que sherpa, a animé plusieurs groupes de travail du club traitant des sujets importants. Par ailleurs, nous n’avons eu de cesse d’entretenir des contacts étroits avec des investisseurs institutionnels nationaux et internationaux  qui sont très concernés par le réchauffement climatique et ont pour vocation d’apporter des sources de financement spécialisées.
La vocation naturelle du Royaume est de se positionner en tant que hub financier et pourquoi pas se transformer en hub financier vert à même d’attirer du green capital. La finance climatique ne doit pas simplement être abordée en termes de flux nord-sud, mais également en termes de coopération sud-sud, à travers une intégration plus efficiente.

- Les institutions financières publiques ont énormément innové en termes de solutions de financement. Qu’en est-il auprès de CDG Capital?
- Parmi les nouveaux objectifs fixés par les institutions financières publiques figure l’attraction  des capitaux privés pour démultiplier les efforts de financement et ce grâce à une structuration financière adaptée. La nouvelle législation des PPP de 2013 au Maroc est une première étape pour réaliser ce dernier élément. Les institutions financières publiques devraient adopter vis-à-vis des PPP une nouvelle approche originate-to-distribute, en lieu et place d’un financement exclusif.
C’est une problématique très importante, car pour convaincre les investisseurs privés de participer à la lutte contre le réchauffement climatique, il faut innover en isolant d’abord très clairement les différents risques associés à chaque projet, pour ensuite déployer les instruments adéquats auprès des bailleurs de fonds idoines et des investisseurs adaptés.
Les institutions financières publiques financent les projets à travers des dons, des prêts concessionnels, de la dette subordonnée, des fonds propres, des produits hybrides, et même des garanties financières. La réflexion qui s’impose, aujourd’hui,  aux acteurs financiers, de par le monde, est de trouver le meilleur mix d’instruments qui permettent de combler le gap de financement, de répondre aux contraintes des investisseurs privés et de réussir in fine la transition.
En tant qu’acteur dont la vocation est de contribuer à la maturation du marché financier national, CDG Capital intervient aussi bien auprès des autorités de régulation pour participer aux travaux sur les nouveaux instruments financiers, qu’auprès des institutions financières internationales de développement pour promouvoir  des structurations  financières de projets orientées marchés de capitaux, et à même d’attirer des investisseurs institutionnels.

- L’innovation dans le business de l’environnement et du climat est majoritairement du fait de start-up et des PME. Comment pourrait-on assurer, à cette catégorie d’entreprises, une partie des flux financiers publics?
- Pour réussir la transition, la finance climatique a besoin de couvrir l’ensemble du spectre. Cela ne concerne donc pas uniquement de larges projets d’infrastructures, mais touche également des petites et moyennes entreprises. Ces PME sont généralement des entités à forte vocation technologique. Elles interviennent pour développer des technologies innovantes de production propre et de stockage et également pour tenter de réduire le coût de technologies vertes déjà connues, mais dont la commercialisation est freinée par leur coût trop élevé. La source de financement la plus adaptée pour ces entreprises est celle du capital investissement, et plus précisément du capital risque. Le but est alors de couvrir le capital nécessaire au projet de recherche et de développement, et de financer le développement d’une offre commercialisable. Nous devons créer des fonds de capital-risque et de capital développement, spécialisés dans le secteur de la transition énergétique et du développement durable. Cela est une évidence. L’industrie du capital investissement, au Maroc, est devenue suffisamment mature pour réussir un tel défi.

Propos recueillis par
Safall FALL

 

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