Analyse

Climat: Le formidable virage des cimentiers

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:4887 Le 31/10/2016 | Partager
Du statut de pollueur en 2008, le secteur est devenu «producteur d’environnement»
3,5 milliards de DH investis depuis 2003
Les étapes de la mutation spectaculaire de cette industrie
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Au niveau de sauvegarde des ressources naturelles, les cimentiers ont réduit la consommation d’eau de 120 litres à 63 litres par tonne de ciment, soit une réduction de 48% et ce grâce au renouvellement des circuits, les stations de traitement…

C’est une mutation spectaculaire. De pollueur en 2008, le secteur du bâtiment est passé à dépollueur net -au vu de sa contribution à l’élimination des déchets produits par d’autres secteurs- pour devenir un producteur d’environnement en 2014. Cette mutation qui a pris presque 20 ans n’est pas très souvent reconnue et l’image du secteur au Maroc continue d’être «cannibalisée» parfois par méconnaissance.
La dernière polémique en date est l’affaire sur les déchets RDF (combustibles alternatifs) italiens qui a mis de nouveau le secteur au banc des accusés. «Le bad buzz porté par une bonne partie de la société civile et relayé par la presse nationale et internationale démontre tout simplement que nous n’avons pas su communiquer sur nos efforts et expliquer à la société civile ce qu’est le RDF», insiste Mohamed Chaibi, président de l’Association professionnelle des cimentiers (APC). A l’instar des autres énergies renouvelables (solaire et éolien, biogaz), les RDF sont des énergies vertes permettant de substituer une partie des énergies fossiles (charbon, fuel, coke de pétrole…). Leur valorisation en four de cimenterie contribue à la réduction des émissions de GES, ajoute Chaibi. Ce mea culpa fait, l’association qu’il préside souhaite justement rectifier le tir. Partenaire de la prochaine COP22, l’association compte mettre en évidence ses initiatives pour lutter contre le changement climatique. Les actions concernent à la fois la réduction des émissions de CO2 directes et indirectes par tonne de ciment produite, les programmes de performance industrielle, de recherche & développement, l’utilisation d’énergies renouvelables ou encore la valorisation des décjets ménagers. Il y a aussi les efforts en matière d’utilisation accrue de combustibles de substitution et ce, en vue d’une meilleure efficacité industrielle.
Le ciment est considéré souvent comme un ennemi du climat. En effet, produire du ciment relève d’une industrie lourde et complexe, qui consiste à transformer le

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Même au plus fort de son pic, les industriels du ciment rejettent moins de CO2 que leurs confrères européens (670 kg de CO2 par tonne de ciment)

calcaire et l’argile dans des fours puissants. La chaleur qui en résulte dégage d’importantes quantités de dioxyde de carbone. Le transport et l’extraction de ces matières premières sont également sources de rejet de CO2 dans l’atmosphère. Dans le monde, on estime à un milliard de tonnes le CO2 rejeté par l’industrie du ciment. Au Maroc, si l’industrie contribue comme pour le reste du monde à l’émission du CO2, les efforts de ses opérateurs pour l’atténuation sont bien réels.
La création de parcs éoliens a permis d’éviter 375.000 tonnes de CO2. Les émissions de CO2/tonne de ciment sont aujourd’hui de 592 kg alors qu’elles étaient de 680 kg dans les années 2000. Les cimentiers marocains enregistrant ainsi de meilleures performances que celles de leurs confrères européens qui sont à 670 kg de CO2 par tonne. La démarche environnementale du secteur a démarré en 1997 avec un engagement du secteur auprès du ministère de l’Environnement et une convention moratoire pour la mise à niveau des unités de production. D’après les cimentiers, les gains économiques des actions environnementales et sociales qu’ils ont entreprises ont profité à hauteur de 80% à l’environnement et à la collectivité, indique Chaibi. En chiffres, les investissements réalisés durant cette période sont estimés à quelque 3 milliards de DH. «Un effort qui a été payé de retour, puisque le secteur a pu réduire de 66% les dommages causés à l’environnement et ce, au moment où la capacité de production a augmenté de 120%», se réjouissent les cimentiers. La consommation du ciment est indicateur de développement d’un pays: plus il est développé, plus il consomme du ciment… le Maroc se situe sur la courbe des pays gros et petits consommateurs avec une consommation moyenne annuelle par habitant de 415 à 421 kg.
A fin 2015, les acteurs réunis au sein de l’APC ont produit 21 millions de tonnes de ciment, valant plus de 15 milliards de DH. Le secteur qui compte 12 cimenteries et 4 centres de broyage reste un grand pourvoyeur d’emplois et un contributeur important de recettes fiscales (5 milliards de DH). L’industrie cimentière, qui emploie en direct plus de 2.500 personnes, génère indirectement 3.500 postes via les sous-traitants en plus des 30.000 autres emplois induits dans les activités connexes.

 

 

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