Economie

«Allons plus loin que l’Accord de Paris!»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:4881 Le 21/10/2016 | Partager
gilles_berhault_081.jpg

Conseiller spécial du forum méditerranéen MedCOP climat à Tanger, Gilles Berhault préside, entre autres fonctions, le Comité 21, un réseau d’acteurs du développement durable. Fort de son expérience, il était invité par l’Académie du Royaume du Maroc à réfléchir sur une nouvelle approche politique du monde  (Ph. F.Al Nasser)

Conseiller spécial du forum méditerranéen MedCOP Climat à Tanger, Gilles Berhault préside, entre autres fonctions, le Comité 21, un réseau d’acteurs du développement durable. Une longue expérience dans le domaine. Invité par l’Académie du Royaume du Maroc pour ce «nouveau temps du politique», il estime qu’en effet, à l’heure des premières solutions, il s’agit maintenant d’entrer dans une sorte de narration avec les politiques compétents, optimistes et surtout capables de fédérer. Un regard d’expert.

- L’Economiste: Vous parlez d’une nouvelle ère des COP. Expliquez-nous...
- Gilles Berhault: Dans un monde où les guerres font rage, le fait que 195 chefs d’Etat étaient réunis à Paris côte à côte pour affirmer qu’ils étaient d’accord, est un signal très fort. Et que dire de l’Accord de Paris, qui a battu tous les records de ratification de traité au niveau international? Moins d’un an. Nous allons plus vite que tout ce que nous espérons.
L’Europe a accepté de changer complètement ce qui fonde sa gouvernance depuis très longtemps pour faire un cas spécial. Ça lui a permis de ratifier et ensuite que les pays ratifient. Alors que la logique européenne est plutôt de ratifier après tous les autres. Le monde change si vite. Objectivement, il y a de réelles inquiétudes à avoir quant à notre environnement, il faut donc être capable d’aller plus loin que la limite du raisonnable. Plus loin que la démarche enclenchée à Paris.

- C’est ce qui repose sur les épaules de la présidence marocaine pour cette COP22...
- En effet, le Maroc a la responsabilité d’inventer des COP actuelles, les COP de post-traité, qui seront fondamentalement différentes. Ce ne sont plus des COP de la diplomatie. Autrefois, ces conférences concernaient, en dehors des pays, les représentants de la société civile, des entreprises, collectivités locales... mais tous experts des négociations climatiques. Aujourd’hui, cela concerne tout le monde. Jusqu’à la prochaine conférence en Allemagne, le Maroc aura la tâche de réinventer une nouvelle dynamique, une nouvelle narration du monde et de la relation à l’autre. Le Royaume se place leader en Afrique, le continent qui va le plus s’agrandir. En 2050, nous serons 10 milliards d’individus. Plus d’une quinzaine de pays africains ont en moyenne 40% de leur population âgée de moins de 15 ans. Il faudra se nourrir de notre passé, mais aussi s’en affranchir pour être capables d’inventer une nouvelle approche de notre monde. Notre responsabilité envers les générations futures est de faire en sorte qu’elles gardent les conditions de leur propre développement.

- Alors comment accélérer ce changement selon vous?
- Il suffit de voir les résultats du solaire au Maroc. A très court terme, même avec encore des difficultés sur le stockage, c’est une synergie très rentable. L’objectif est de savoir comment financer les périodes intermédiaires de mutation technologique, et de mutation de comportement, car il faut du temps pour que les gens comprennent les enjeux. La vraie mutation de comportement se place de toute façon sur un aspect générationnel. D’ici là, il faut financer. Je reste convaincu que nous allons y arriver. C’est un devoir d’optimisme. C’est à la fois avoir conscience de la gravité des choses et en même temps avoir une profonde confiance en les capacités humaines. Avec Internet et les réseaux sociaux, une nouvelle forme d’universalisme émerge, fondée sur les individus interconnectés d’une façon synchro, c’est une vraie nouveauté. Rappelons-nous que quand on a inventé l’écriture, il a fallu 3.000 ans pour changer les comportements.  Quand on a inventé l’imprimerie, il a fallu 300 ans pour changer les modes de travail et d’économie. Aujourd’hui, nous sommes au tout début de la révolution numérique, alors ce qui va se passer dans 10 ans, personne ne peut le deviner. L’organisation de la COP22 au Maroc est un enjeu général, mais aussi pour le pays. Accueillir un tel événement est forcément un accélérateur des transformations, et on sait combien le Maroc est en transformation profonde, rapide, voire en accélération.
Propos recueillis par
Stéphanie JACOB

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc