Tribune

Créer des marchés financiers verts en Afrique

Par Josué TANAKA | Edition N°:4874 Le 12/10/2016 | Partager

Josué Tanaka est un fin connaisseur des problématiques environnementales et des rouages de la finance internationale. Ce Franco-Brésilien dirige aujourd’hui le département Efficacité énergétique et Changement climatique de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd). Le manager a intégré la Berd au lancement des activités de l’institution financière, en 1991, après avoir servi plusieurs années à la Banque mondiale. Tanaka occupera ensuite plusieurs postes de hautes responsabilités au sein de l’institution. Entre 1998 et 2007, il passe administrateur avant de se voir confier les activités de financement de l’atténuation et de l’adaptation de la Berd, inculant la conception et l’implémentation de l’Initiative pour l’énergie durable (SEI, acronyme en anglais).  (Ph. Berd)  

LE monde se prépare à une grande conférence internationale sur le climat au Maroc, et cet événement a donné un coup de projecteur sur le rôle de l’Afrique dans la lutte mondiale contre les effets du changement climatique. Les nations africaines ont pris des engagements dans le cadre de l’accord de Paris sur le climat, scellé lors de la COP21 qui s’est déroulée dans la capitale française à la fin de l’année 2015. La conférence de suivi COP22 aura lieu à Marrakech en novembre 2016, dans le but à la fois de prolonger l’œuvre de l’accord de Paris et de contribuer à ce que les engagements en découlant soient tenus.
L’Afrique et ses défis climatiques occuperont certainement une grande place dans les discussions de Marrakech. La Berd s’est associée à la réponse collective aux défis énergétiques de l’Afrique. Depuis 2012, elle investit activement dans trois économies nord-africaines.
Toutefois, la banque étend actuellement à d’autres pays du continent africain l’expertise particulière qu’elle a acquise dans la mobilisation de financements privés pour des investissements en énergie verte.
Les opérations de la Berd dans la partie méridionale et orientale du bassin méditerranéen (région SEMED) sont intervenues en réaction aux bouleversements politiques et économiques qui se sont propagés dans tout le monde arabe en 2011. La banque a mis au service d’un nouvel ensemble de pays les compétences qu’elle a développées pour promouvoir le secteur privé dans les pays émergents d’Europe.
L’Afrique du Nord s’est également révélée être un terreau fertile pour un autre instrument innovant et puissant de la Berd dans le domaine climatique, ses Mécanismes de financement pour l’énergie durable (MFED ou SEFF, Sustainable Energy Financing Facilities).
Dans le cadre de ses MFED, la Berd accorde des lignes de crédit à des institutions financières locales qui cherchent à développer des projets d’énergie durable pour en faire un volet permanent de leur activité. Le financement de projets d’énergie durable est essentiellement consenti pour des projets axés sur l’efficacité énergétique et des projets à petite échelle en faveur des énergies renouvelables. Les banques locales prêtent les fonds qu’elles ont reçus de la Berd à leurs clients, notamment des petites et moyennes entreprises, des emprunteurs professionnels et particuliers, et des concepteurs de projets d’énergies renouvelables.
Cet instrument de financement a connu un très vif succès dans un grand nombre de pays où la Berd investit. Les prêts individuels sont personnalisés afin de s’adapter aux conditions régnant sur le marché dans un pays donné.
À ce jour, plus de 30 programmes MFED – et ce chiffre va encore augmenter – ont été développés dans 24 pays, notamment le programme TurSEFF qui a été couronné de succès en Turquie, un prêt de quelque 1,5 milliard de dollars consenti à des banques turques afin qu’elles le rétrocèdent à leurs clients.   
Le mécanisme équivalent pour le Maroc est dénommé MorSEFF. En 2015, la Berd, l’Agence française de développement (AFD), la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Banque allemande de développement (KfW) ont fait équipe et fourni – avec le soutien de l’Union européenne – une ligne de crédit de 20 millions d’euros dans le cadre du programme MorSEFF afin de financer des projets climatiques au profit des clients de la BMCE.
Le déploiement des MFED repose sur un élément important, à savoir la coopération de la Berd avec des donateurs internationaux, tels l’Union européenne et les Fonds d’investissement pour le climat (FIC).
Grâce à leur soutien et à leur financement, la Berd peut atteindre un nombre encore plus important d’investisseurs potentiels et fournir des incitations qui n’aident pas seulement à réduire les barrières à l’entrée susceptibles de compromettre la réussite d’un investissement dans des projets d’énergie durable, mais contribuent également au bon développement de marchés financiers et de secteurs bancaires pleinement en phase avec la promotion d’une économie sobre en carbone.
À l’heure actuelle, la Berd est activement engagée dans des exercices de partage des connaissances, afin de transmettre son expertise à des parties qui peuvent s’adresser aux FIC pour les aider à financer leurs investissements. Outre l’apport de son propre financement, la banque a aussi à cœur de pouvoir partager son modèle opérationnel réussi des MFED avec d’autres institutions, y compris dans des pays qui ne relèvent pas de la sphère géographique d’activité de la Berd. Nous avons, par exemple, partagé nos expériences des MFED avec la BAD afin de soutenir le démarrage de ses activités en Afrique subsaharienne. La Berd présentera également ses produits MFED à un ensemble de banques africaines lors d’une conférence préalable à la COP22, organisée à Casablanca en octobre 2016 sous les auspices conjoints de la BMCE.
En intensifiant sa coopération internationale de cette manière, la Berd cherche à produire un impact durable et à contribuer dans une mesure importante à relever le défi climatique mondial.

Près de 4 milliards d’euros investis

Au cours des quatre dernières années, la Berd a financé une centaine de projets d’un montant supérieur à 3,8 milliards d’euros en Egypte, au Maroc et en Tunisie, ainsi qu’en Jordanie. Le financement climatique a joué un rôle majeur dans cet engagement, et une haute priorité a été accordée au développement de sources d’énergies renouvelables. Cela, en tirant parti des ressources naturelles abondantes de la région en soleil et en vent. Aux côtés de partenaires internationaux, la banque a lancé un mécanisme de financement de 250 millions de dollars pour la production d’énergies renouvelables par des entreprises du secteur privé dans la région SEMED en 2015. Son 1er projet, au titre de ce nouveau mécanisme, a consisté à investir, avec la BMCE Bank of Africa et le Fonds pour les technologies propres (CTF), dans une ferme éolienne à Khalladi, près de la ville marocaine de Tanger.

 

 

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