Enquête

Archives et autopsie, des armes incontournables

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4855 Le 14/09/2016 | Partager
Comment travaillent les enquêteurs
Registres et squelettes se complètent
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La célébration de la mémoire des victimes de 1981 est le fruit d’un long et minutieux travail de terrain (voir page 17). Début des années 2000, l’Instance équité et réconciliation (IER) enquête dans les morgues de Ain Chock, les Centres hospitaliers d’Ibn Rochd et de Sidi Othmane, épluche les registres des cimetières de Casablanca et constate finalement que les corps ont été transportés à la caserne de la Protection civile. Reste à identifier le lieu exact où se trouvent les 81 personnes portées disparues il y a 35 ans, et où l’on compte 20 enfants. Janvier 2006, l’IER du regretté Driss Benzekri remet son rapport au Souverain. Parmi ses recommandations, indemniser les familles et victimes de violations de droits humains, étudier notre histoire contemporaine tourmentée, préserver la mémoire...
Le Conseil consultatif des droits de l’homme (ancêtre du CNDH) prend la relève dans cette quête légitime de vérité. D’où la raison d’être du Programme IER I et II.
 Le Conseil national des droits de l’homme exhume ainsi plusieurs fosses communes à Nador, à Skhirat... La dernière est à Casablanca, à proximité du siège de la Protection civile et des cimetières israélites et musulmans.  
De l’investigation à la découverte des fosses communes, le rôle des archives et des  médecins-légistes sont des armes décisives dans cette guerre contre l’oubli. Le recours à la médecine légale permet d’identifier les victimes. «Généralement, les corps sont réduits à des ossements entremêlés. L’ancienneté de la fosse commune, la nature du sol et la longue durée d’enfouissement des cadavres rendent l’identification individuelle des squelettes plus difficile», témoigne le Pr Hicham Benyaich, président de la Société marocaine de médecine légale.
Il y a aussi les archives. Des documents de valeur souvent dévoyés par l’Etat et ses démembrements. Ceux qui sont conservés et encore exploitables orientent les enquêteurs. Cela a été le cas avec les victimes des événements de juin 1981. «Une loi sur les archives a été votée (en 2007) et l’institution Archives du Maroc mène, avec des ressources qui restent malheureusement encore limitées, un travail titanesque au sens propre et figuré du terme, et qui mérite d’être salué et soutenu», écrit le président du  CNDH, Driss El Yazami, dans un beau livre sur «L’enfermement, le partage: Lieux de mémoires». L’Etat continue à payer la facture des années de plomb.

 

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