Enquête

Années de plomb
Passées les cérémonies, le cimetière se referme…

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:4855 Le 14/09/2016 | Partager
Interdit d'entrer sans autorisation
Années de plomb: Une stèle contre l’oubli
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Recueillement au cimetière des événements du 20 juin 1981 inauguré lundi 5 septembre à Casablanca. Le communiqué du CNDH évoque «une inauguration officielle» à laquelle ont participé le président du Conseil, Driss El Yazami, son SG, Mohamed Essabbar, et le délégué interministériel aux droits de l'Homme, Mahjoub El Hiba. Aucun membre du gouvernement Benkirane. Les élections législatives annoncées pour octobre 2016 pèsent plus que le devoir de mémoire (Ph. Khalifa)

«Interdit d’entrer». Le gardien du cimetière des événements du 20 juin 1981 nous refuse l’accès «sans autorisation préalable». Le lieu situé à Casablanca est pourtant un lieu de mémoire, public et où reposent 81 victimes de graves violations des droits humains durant les années de plomb (cf. L’Economiste du mercredi 7 septembre 2016). Le gardien pousse le délire au point de nous inviter d’abord à «s’adresser à la Moukataâ», puis «aux responsables concernés»! Entendez par là «l’injoignable» représentante régionale du Conseil national des droits de l’homme (CNDH) à Casablanca-Settat, Soumicha Riyaha. Notre jeune interlocuteur affirme avoir «tenté de la contacter» et avoir réservé le même traitement à nos confrères de l’Agence France presse. Nos coups de fils au président du Conseil, Driss El Yazami, restent aussi sans réponse. Le gardien reste insensible à nos bonnes intentions et encore moins à notre carte de presse. Qu’importe. Va-t-on demander des autorisations même pour se recueillir?
Un cimetière est par définition un lieu public à part, non ordinaire, sacré... Et celui des événements du 20 juin 1981 l’est tout particulièrement à cause de sa forte charge historique. Ce lieu de mémoire vient pourtant d’être inauguré. Toute une symbolique immortalisée par des flashs et des caméras. L’Etat, la société civile, des victimes et des ayants droit étaient côte à côte, lundi 5 septembre à Casablanca. Deux jours après la cérémonie officielle, nous longeons le long mur blanc qui protège le cimetière. Etre interdit d’accès ne signifie pas être interdit de contempler les lieux... de l’extérieur. Et de rendre hommage à ceux qui sont morts pour leur conviction, leur engagement, leur rêve... Soit 35 ans après les faits tragiques survenus lors d’une grève nationale lancée par des centrales syndicales pour protester contre la hausse des prix de certains produits alimentaires décidée par le gouvernement El Maâti Bouabid.
Le mémorial est en grande partie visible via des ouvertures bardées de fer forgé peint en vert. Une allée parsemée de gravier blanc est ornée d’oliviers des deux bords. Au bout du chemin, une immense stèle commémorative accueille le visiteur. Des noms surgissent du néant: Nadia Beltchach, Abdelaziz Bouhali, Samia Mousrih, Youssef El Hamlaoui, Rabiaâ Rizki, Abdelkader Boukhari, Ahmed Rouchdi... Nous n’avions pas pu lire plus de noms. Derrière la grande stèle, apparaissent des sépultures en marbre sur lesquelles trônent des plantes florales. Une fosse commune s’est muée en cimetière: 81 personnes sont là pour nous rappeler qu’il est toujours possible de rêver d’un Maroc meilleur.

 

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