International

«La transition énergétique est irréversible»

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:4852 Le 07/09/2016 | Partager
L’élagage des subventions aux énergies fossiles, un acquis
Les obligations vertes, un marché prometteur
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Pierre Cannet: «Il est essentiel d’aller plus loin dans le développement des renouvelables et dans les économies d’énergie» (Ph. WWF France)

Croissance des énergies renouvelables, hausse du nombre d’emplois et des investissements dans ce secteur, stagnation des émissions de CO2 liées à l’énergie, réduction d’émissions sur une trajectoire de moins de 2 °C de réchauffement climatique...  Nombreux sont les signaux démontrant que la transition énergétique mondiale est en marche et il faut qu’elle accélère. Pierre Cannet, responsable Energie, Climat et Infrastructures durables du WWF France, revient dans cet entretien sur les enjeux, les blocages et surtout les défis pour la COP22 prévue à Marrakech du 7 au 18 novembre 2016.

- L’Economiste: Pourquoi la transition énergétique est un enjeu mondial?
- Pierre Cannet: Les 15 grands signaux établis dans le rapport du  WWF (voir aussi l’édition N°4849 du 02/09/2016) démontrent que la transition énergétique est amorcée de manière irréversible. Des verrous se sont débloqués et nous sommes dans une transition qui est enclenchée. Des progrès ont été réalisés dans les énergies renouvelables et les investissements. Ce rythme devra s’accélérer à mesure que d’autres acteurs rejoindront le navire de la transition. Cela est valable aussi pour les citoyens, les entreprises et les investisseurs. C’est de cette manière que nous pourrons aller plus vite.
Les annonces et les objectifs de la COP21 et du G20 (avec les ratifications chinoises et américaines de l'accord de Paris) doivent être mis en œuvre dans les pays. Ce sont ces actions qui sont finalement reflétées aussi dans la préparation de la COP22 en novembre au Maroc. Il faut faire en sorte aussi de lutter contre la précarité énergétique et que l’on puisse faire bénéficier à plus de citoyens l’accès à l’énergie renouvelable et durable. Des signaux sont notables par exemple en Afrique. L’Afrique subsaharienne a atteint les 1,37 million d’unités d’installations solaires domestiques hors réseau vendues en 2015. Malgré ce record, l’accès à l’énergie renouvelable demeure un des principaux défis de la région pour les années à venir. 53% de l’Afrique subsaharienne n’ont pas accès à l’électricité.

- Où sont, à votre avis, les blocages?
- Prenons par exemple les subventions aux énergies fossiles. Plusieurs pays à travers le monde ont pris des mesures de réduction de ces subventions. Au sommet du G20 en Chine, les décideurs auraient pu acter collectivement un plan de sortie de leur soutien à ces énergies du passé, mais aucune réponse n’a été apportée. Celles-ci ne doivent plus continuer à recevoir des aides qui se chiffrent à des centaines de milliards par l’ensemble de la communauté internationale. Il faut dorénavant privilégier les énergies renouvelables. La chute de la consommation de charbon en Chine, en Europe et aux Etats-Unis au cours de ces dernières années, combinée aux signes apparents du déclin du marché du charbon, aura bientôt des impacts au niveau mondial aussi bien sur les émissions que sur l’industrie.

- Comment réorienter les investissements vers cette transition?
- La promesse et la façon de mobiliser 100 milliards de dollars par an d'ici 2020 des pays développés ne sont pas encore honorées ni réglées. C’est une question qui a été posée à Paris, elle reste aussi à résoudre à la COP22. L’idée est de savoir comment les pays développés vont mobiliser ces financements et faire effet de levier sur le reste. D’autres instruments financiers peuvent également soutenir le développement de projets verts, durables et respectueux du climat comme les obligations vertes, à condition qu’ils soient plus transparents sur l’intégrité environnementale. L'émission par la France de la première obligation verte d'Etat aura lieu en 2017. Les obligations vertes, aussi appelées «green bonds», sont des titres de dettes qui servent à financer des projets à vocation environnementale. Au total, plusieurs milliards d'euros devraient être levés dans cette opération française sous réserve de conditions de marché. Cette émission devrait sécuriser sur trois ans 9 milliards d'euros de financement public pour la transition écologique. Le marché des obligations vertes a connu une croissance impressionnante, de près de zéro à 118 milliards de dollars en 10 ans. La Chine a donné une impulsion supplémentaire à cette tendance globale.

- De quelle manière la COP22 à Marrakech peut-elle contribuer à l’accélération de ce processus?
- Les deux principaux pays pollueurs de la planète, la Chine et les Etats-Unis, ont ratifié l’Accord de Paris à l'occasion du G20 organisé les 4 et 5 septembre à Hangzhou (l'accord mondial sur le climat conclu en décembre à Paris à l'issue de la COP21). Il faut s’attendre aussi à toute une série d’autres ratifications qui, on l’espère à la COP22, permettra déjà d’avoir un bel état des lieux mondial. Pour entrer en vigueur, l’Accord de Paris doit désormais être ratifié par 55 pays représentant 55% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. C’est à la COP22 qu’on pourra justement estimer et évaluer tout cela. Il y a la possibilité de voir un élan aussi sur les points de réglage qui sont essentiels au bon fonctionnement du régime climatique, après la COP21. Il s’agit des notions de transparence, de comptage et de financement. Et surtout comment les objectifs des pays vont pouvoir être revus à la hausse d’ici 2018. C’est un point clé. L’agenda de l’action, qui comprend de nombreuses initiatives utiles, comme sur les renouvelables en Afrique, les villes ou le solaire dans le monde, doit être renforcé et suivi. Auparavant, les dirigeants du monde sont invités à New York le 21 septembre pour déposer leurs instruments de ratification ou pour s'engager publiquement à ratifier au plus vite l'accord.

Propos recueillis par
Fatim-Zahra TOHRY

 

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