Enquête

Momo: «Nous n’y avons jamais cru»

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:4834 Le 12/08/2016 | Partager
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Mohamed Merhari, alias Momo, cofondateur avec Hicham Bahou du festival L’Boulvard a été l’un des initiateurs de ce mouvement. C’est autour de ce festival qu’a émergé la nouvelle scène musicale alternative. Aujourd’hui avec du recul, il revient sur la Nayda (Ph. L’Boulvard)

- L’Economiste: Qu’est devenue aujourd’hui la Nayda?
- Momo:
Le terme Nayda, nous n’y avons jamais cru. Depuis le départ nous savions que la comparaison avec la Movida était surfaite. Ce que je peux dire c’est que nous avons participé, avec une partie de la presse, mais également le Festival Gnawa et musiques du monde à créer une dynamique très intéressante autour de la musique et que d’autres disciplines ont rejoint ce mouvement. Aujourd’hui, passés les moments d’euphorie les choses sont plus régulées. Mais pour moi, cela n’a été que du bonheur. Le bonheur d’avoir participé à mettre en lumière des talents marocains.

- Vous êtes passés par des moments difficiles…
- Oui bien sûr, mais cela fait partie du jeu. Pour les conservateurs et les islamistes, nous étions l’antithèse de ce qu’ils représentaient. Nous étions une menace pour eux. Ils nous ont souvent attaqués, des fois violemment, j’ai moi-même reçu des menaces de mort. Mais nous nous sommes défendus, avec de la musique. Ça ne veut pas dire que nous avons gagné. Nous avons entamé un travail pour faire évoluer les mentalités.  C’est un travail de très longue haleine, mais nous ne cédons pas du terrain. Si aujourd’hui certains parlent de retour en arrière et de poussée de conservatisme, ce n’est pas mon avis. Nous n’avons pas appris la vie sur facebook, vous savez. Nous avons toujours été sur le terrain et je peux vous assurer qu’il y a beaucoup moins de choses choquantes aujourd’hui qu’il y a 10 ans, même si les choses sont plus médiatisées grâce aux réseaux sociaux.

- Avez-vous l’impression d’avoir raté quelque chose?
- Peut-être que oui. L’une des raisons pour lesquelles la Nayda s’est essoufflée, c’est qu’elle n’a pas été théorisée. Elle n’a pas été suffisamment soutenue par les intellectuels, en tout cas pas au début. D’autant plus que cette dynamique n’a pas été suivie par une structuration du secteur. C’est-à-dire un véritable marché de la musique, des salles de concerts, de la formation aux métiers du spectacle et c’est dommage. Aujourd’hui, nous sommes capables de présenter des artistes tout à fait vendables au niveau mondial. Mais il y a très peu de gens capables de le faire justement. Nous manquons de managers, nous manquons de professionnels du spectacle… D’autres pays, comme l’Egypte ou le Liban le font mieux que nous, pourtant en musique actuelle nous avons une longueur d’avance sur eux. Autre souci, les salles de concerts inexistantes. Il faut que les artistes marocains arrivent à tourner dans plusieurs villes tout au long de l’année. Les artistes sont là, le public aussi, il ne manque que les salles. Et dire que les villes et les communes disposent de théâtres où il ne se passe absolument rien. Il est temps que les autorités comprennent qu’elles doivent passer par la gestion déléguée des espaces culturels, soit au profit des associations ou alors du privé. Le résultat ne pourrait pas être pire.
Propos recueillis par
Amine BOUSHABA

 

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