Enquête

Pourquoi Fès a perdu son attractivité industrielle

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4819 Le 22/07/2016 | Partager
ZI délabrées, sécurité, anarchie… les maux s’accumulent
Les industriels menacent de migrer ailleurs, à Meknès
Ils sont inspirés par Yazaki, Yura corporation, et Delphi
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Contrairement à ce qui se passe dans les villes de Tanger, Tétouan, Kénitra, et Meknès, le secteur industriel semble être en voie de disparition à Fès. Ce sont les industriels eux-mêmes qui l’attestent. Appelant à une réflexion franche et fructueuse, Mohamed Berrada Rkhami, président de l’union patronale (CGEM Fès-Taza) l’a souligné clairement devant Driss El Azami El Idrissi, maire de la ville. Selon lui, «Fès participe faiblement dans le PIB national… Elle souffre d’une augmentation du taux de chômage, une fuite des cerveaux, et un tourisme en perte de vitesse, outre les maux liés à un secteur industriel en voie d’extinction». Pourtant, cette ville était le deuxième pôle industriel et économique dans les années 1970 et 1980, après Casablanca. Aujourd’hui, elle est neuvième. Et ses opérateurs économiques affirment qu’ils ont perdu confiance. Certains menacent de transférer leur activité ailleurs. Ils pensent notamment à Meknès qui, à 48 kilomètres, arrive à tirer son épingle du jeu. Elle attire des entreprises géantes comme Yazaki, Delphi, et Yura Corporation. «Tout est son contraire à Fès qui enregistre plus de fermetures d’usines que de créations». La raison, les zones industrielles (ZI) de la capitale spirituelle sont en mal d’équipements. Elles ne séduisent plus et le maire le sait. Selon lui, «les investisseurs turcs qui ont visité dernièrement la ZI Bensouda sont partis en fuite». En fait, l’image que donne cette zone aux visiteurs est déplorable. Pour pallier cette situation, la mairie vient de relancer le programme de la mise à niveau des ZI et compte commencer par Bensouda. D’une superficie de 169 ha, cette zone, -la plus grande que compte la ville de Fès- n’arrive pas à décoller. Les entreprises qui y opèrent depuis les années 1980 et 1990 souffrent quotidiennement de l’état de délabrement de ses infrastructures de base. En effet, les grandes voies desservant la zone et les rues internes reliant les unités existantes sont quasiment impraticables.

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L’image que donne la zone industrielle Bensouda aujourd’hui aux visiteurs est déplorable. Dégradation de la voirie, éclairage public défaillant, anarchie…les maux sont multiples (Ph. Y.S.A.)

Un calvaire auquel s’ajoute un réseau d’éclairage public défectueux, des ferrailles abandonnées un peu partout ainsi que des odeurs nauséabondes, particulièrement à côté du marché de poissons. Pour ce dernier, l’anarchie bat son plein. D’un côté, les grossistes exposent leurs marchandises en dehors du marché défiant toute norme d’hygiène. Par leurs étalages, ordures et odeurs, ils causent un désagrément énorme pour les industriels mitoyens, particulièrement une minoterie. De l’autre, des industriels irrités rétorquent par le désordre et l’anarchie. Bref, la situation échappe à tout contrôle. A telle enseigne que les propriétaires d’une minoterie (les frères Alaoui) bloquent la route depuis plus d’un mois pour éviter que «les marchands de poissons squattent l’entrée de leur unité». «Face à la passivité des autorités et suite à nos multiples réclamations, en vain, nous avons décidé de barrer le chemin par du gravier ramené de Sefrou. Ceci, afin de repousser les marchands plus loin», explique l’un des propriétaires. Hallucinant. La chaussée est bloquée et les agents d’autorité sont inscrits aux abonnés absents. 
«Notre ZI souffre également de problèmes de sécurité, l’inexistence de trottoirs, les chiens errants…bref, une infrastructure désastreuse. Cet état handicape tout développement des activités existantes et n’encourage pas l’installation de nouveaux investisseurs», dénonce un industriel. Il rappelle à juste titre l’enquête réalisée par les autorités locales en 2004 et qui avait révélé que sur 850 lots répartis dans la ZI de Bensouda, il y a 372 lots qui ont été dédiés à l’industrie, 3 lots au marché de gros, six lots à la pépinière de jeunes promoteurs, et 451 lots au recasement des ferrailleurs. L’étude révélait aussi que seulement 135 unités sont en activité, 46 dépôts et 109 locaux clôturés et fermés, et près de 30% du total des lots mis en vente. De même, l’étude indiquait que la destination initiale des lots industriels n’est pas respectée, puisque de nombreux lots sont utilisés pour le dépôt, le stockage ou l’installation de services. En plus, la ZI n’a permis de créer que 2.000 emplois sur les 12.000 postes prévus. Par ailleurs, un grand nombre de lots ont changé de main plusieurs fois, ce qui démontre l’existence d’une spéculation foncière. En termes d’activité, la zone Bensouda abrite différents secteurs: agroalimentaire, textile et confection, chimie et parachimie, construction et menuiserie, industrie métallique et métallurgique, électricité et électronique, services. 

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Pour éviter que les marchands de poissons exposent leurs étalages devant sa minoterie, un industriel… a bloqué la voirie par du gravier. Hallucinant, personne n’a réagi… et ce, depuis plus d’un mois (Ph. Y.S.A.)

A noter enfin qu’à travers la mise à niveau de cette ZI, El Azami espère une relance de l’industrie… Pas sûr, puisque les investisseurs ne veulent plus attendre.

Une zone franche pour la région

LA région Fès-Meknès serait enfin dotée d’une zone franche. En fait, la convention de la relance industrielle signée la semaine dernière devant le Souverain prévoit une zone franche dans chacune des douze régions du Royaume. Maintenant, il va falloir passer à la concrétisation dans les plus brefs délais. 
Pour rappel, le projet de décret portant création de la zone franche d’exportation (ZFE) de Fès Ras El Ma, et conformément aux dispositions de la loi n° 19-94 relative aux zones franches d’exportation, avait été voté en 2011, avant qu’il ne soit abandonné en 2013 par l’actuel gouvernement. La nouvelle convention de la relance industrielle a ravivé l’espoir des opérateurs fassis de voir enfin ce projet se concrétiser.

 

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