Enquête

Les délits de coupe réduits de 90%

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4814 Le 15/07/2016 | Partager
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Selon Rachid El Harrak, «les efforts déployés par tous les intervenants durant les trois dernières années ont permis de réduire le volume
du bois de cèdre coupé en délit dans la province de Khénifra à moins de 275 m3 contre plus de 2.500 m3 en 2012…» (Ph. JEH)

Rachid El Harrak est le délégué provincial du département des eaux et forêts à Khénifra. Sa mission: veiller à la préservation et à la protection des forêts. Ses pires cauchemars: le surpâturage et la mafia du cèdre. Il a engagé une lutte sans merci contre l’un et l’autre.

- L’Economiste: On dit que le pire ennemi de la nature est l’homme. Entre braconnage et surpâturage, comment protéger efficacement la cédraie de l’Atlas?
- Rachid El Harrak:
Certes, la cédraie de l’Atlas, à l’instar d’ailleurs des autres formations forestières marocaines, est soumise à une forte pression humaine multiforme qui dépasse largement les capacités productives de la forêt. Cette pression se traduit essentiellement par le surpâturage, actuellement en complète inadéquation avec les ressources disponibles. Et également par la mutilation des arbres pour le prélèvement des fourrages, les prélèvements excessifs du bois de feu dans le cadre du droit d’usage, les coupes délictueuses du bois d’œuvre, de chauffe et la carbonisation clandestine constituant ainsi une cause majeure du déséquilibre des différents écosystèmes de la cédraie.
Pour faire face à ces problématiques,  le Haut-Commissariat aux eaux et forêts agit suivant trois approches essentielles. La première est une démarche de développement durable des zones forestières et péri-forestières dans le cadre du plan décennal du Haut-Commissariat qui constitue une mise en œuvre concrète et opérationnelle des orientations du plan forestier national (PFN). La seconde est plutôt participative et partenariale par l’implication effective de la population riveraine des forêts dans la gestion durable du patrimoine forestier. Cela à travers des contrats de partenariat avec les coopératives forestières autour de projets de conservation et de valorisation des ressources forestières diverses. Enfin, il y a l’approche répressive à travers l’exercice de la police forestière en application des lois et règlements régissant le secteur forestier.  

- Qu’en est-il des mesures préventives?
- Elles visent la dissuasion des délinquants potentiels via le renforcement du dispositif de surveillance et la multiplication des tournées et rondes de contrôle et de ratissage. 
Tout cela est appuyé par les mesures répressives qui consistent à appliquer strictement les mesures réglementaires qui s’imposent à l’encontre des délinquants forestiers, à les poursuivre judiciairement et à veiller à l’exécution des jugements définitifs. 
A cet égard, saluons les efforts déployés par tous les intervenants durant les trois dernières années et qui ont permis de réduire le volume du bois de cèdre coupé en délit dans la province de Khénifra à moins de 275 m3 contre plus de 2.500 m3 en 2012 et au cours des années précédentes, soit une réduction de 90%.

- Votre délégation dispose-t-elle, en nombre suffisant, des moyens matériels et humains pour mener à bien sa mission de sauvegarde et de préservation de ce patrimoine?
- A ce niveau, il faut noter avec grande satisfaction l’intérêt particulier accordé par le Haut-Commissariat au renforcement des capacités d’encadrement des unités forestières relevant de la direction provinciale des eaux et forêts et de la Lutte contre la désertification de Khénifra qui a bénéficié de 13 véhicules tout terrain durant ces quatre dernières années dont quatre véhicules en 2016.
En effet, cette direction coiffe cinq centres de conservation et de développement des ressources forestières encadrant 25 secteurs forestiers gérés chacun par un technicien forestier avec ses auxiliaires. Ce personnel technique veille au quotidien, et par sa présence sur le terrain, il contribue à prévenir et éventuellement constater tout dépassement de la réglementation forestière.

- Quel est votre champ d’action et comment veiller au respect des lois et mesures destinées à la protection de la cédraie?
- Bien évidemment, notre champ d’action émane naturellement des missions dévolues au Haut-Commissariat. Dans ce sens, notre direction provinciale veille à assumer ses responsabilités dans la limite de ses attributions et de sa compétence territoriale en matière de conservation et de développement des ressources forestières en général, la lutte contre la désertification, le développement cynégétique, la contribution à la mise en œuvre des plans d’aménagement des bassins versants notamment par des traitements antiérosifs en amont, l’organisation de l’exercice de la police forestière et l’application de la législation forestière.
Il faut noter que le Haut-Commissariat a mis à la disposition de ses services extérieurs des procédures bien élaborées fixant les responsabilités et les tâches de toutes les structures hiérarchiques par rapport aux différents domaines d’intervention de ce département. De ce fait, tous les niveaux de responsabilité sont tenus d’agir chacun en ce qui le concerne pour la prise des mesures nécessaires pour la sauvegarde de ce patrimoine forestier.

Prévenir, détecter et alerter

EN matière de gestion des feux de forêts, la Direction provinciale des Eaux et forêts et de la lutte contre la désertification n’agit pas seule. «Elle intervient en partenariat avec d’autres acteurs, notamment les autorités provinciales, les autorités locales, la Protection civile, la Gendarmerie royale, les Forces armées royales, les Forces auxiliaires…», explique Rachid El Harrak, délégué provincial du département des eaux et forêts à Khénifra.
Ainsi, le Poste de commandement provincial (PCP) regroupant tous les intervenants met en place annuellement un plan d’action de prévention et de lutte contre les incendies de forêts, qui s’articule autour de trois composantes: la prévention,  la détection et l’alerte et enfin la lutte. «De ce fait, à chaque feu de forêt, il y a une mobilisation totale de tous les membres du PCP pour engager chacun en ce qui le concerne les moyens humains et matériels à sa disposition suivant la procédure opérationnelle en vigueur», souligne El Harrak.
La synergie et l’harmonie dans l’intervention des différents services concernés par ce phénomène s’accroîtra davantage avec la création du nouveau centre national de gestion des risques climatiques forestiers ayant été inauguré le 31 mai dernier à Rabat, conclut-il.

 

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