Enquête

Plus de 200 m3 coupés illégalement chaque année

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4814 Le 15/07/2016 | Partager
Une pression pastorale excessive
Renforcement des contrôles et des opérations de ratissage
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Patrouille de gardes forestiers en opération de ratissage. Parfois, ce personnel de terrain est la cible des armes à feu de trafiquants de bois de cèdre (Ph. JEH)

Soumis à des pressions multiformes, le domaine forestier connaît une évolution régressive des écosystèmes qui, elle-même, conduit inéluctablement vers un déséquilibre des sociétés rurales qui y vivent. 

La croissance démographique galopante en milieu rural a engendré de nouveaux besoins chez la population locale, notamment en matière de terre de culture, de bois énergie et de bois de construction. Ainsi, le besoin en bois énergie s’est amplifié avec l’augmentation de la population et le changement des habitudes alimentaires. Un besoin qui est actuellement de l’ordre de 8 à 10 t/ménage/an. Soit l’équivalent de deux fois et demie la production normale des massifs forestiers autochtones.
Conséquence immédiate: en plus de la couverture des besoins directs des populations riveraines en bois de service et de chauffe, des délits importants de coupe de bois d’œuvre (cèdre), de feu (chêne-vert)  et de carbonisation (chêne-vert, essences secondaires) sont commis par de très nombreux délinquants. Ces produits sont destinés aux centres ruraux ou urbains encore consommateurs de bois énergie (fours, hammams, fourneaux individuels, etc).
En outre, le plus souvent, les éleveurs coupent les branches secondaires et principales des arbres forestiers en n’épargnant aucune essence arbustive et arborée. Ces coupes, conjuguées au parcours dans les mises en défens, sont à l’origine d’un surpâturage qui se traduit par un prélèvement de fourrage dépassant de trois fois le potentiel de la production des forêts de la province. Les bergers exercent ainsi une pression très forte sur les forêts. De telles actions font saigner les arbres. En effet, les pratiques néfastes, notamment les coupes illicites de bois de cèdre, de chauffage, le surpâturage des troupeaux, l’ébranchage qui traumatise les arbres, les défrichements suivis de labour  et surtout le non-respect des mises en défens, conduisent au développement incontrôlé d’un élevage peu productif. Et provoquent de graves dommages pour le milieu, empêchant toutes sortes de régénération car l’effectif concerné dépasse de loin la possibilité de la forêt en unités fourragères.
Autre facteur de dégradation: une pression pastorale excessive et un surpâturage. L’une et l’autre demeurent parmi des principales causes de dégradation du patrimoine forestier. En effet, pas moins de 2,5 millions de têtes de bétail pâtissent toute l’année dans ces forêts. Mais, ce n’est pas tout. Il y a aussi les délits forestiers qui participent directement à la dégradation de l’écosystème forestier. Il en est ainsi du braconnage dont les chiffres de prises de gibiers dépassent largement celles des chasseurs. A cela s’ajoute un taux moyen de boisement et de reboisement qui est à peine de l’ordre de 5%. Soit  loin du taux optimal de 15 à 20% qu’il faut pour le maintien de  l’équilibre écologique.
Face à cette situation, les autorités en charge des eaux et forêts ont élaboré des plans d’action pour la sauvegarde de ce patrimoine. Leur originalité, outre le renforcement des contrôles et des opérations de ratissage, réside dans le fait qu’ils intègrent les populations locales dans cette stratégie de préservation du cèdre. Des contrats-programmes ont été passés avec 20 coopératives groupant 1.300 adhérents. Ces derniers reçoivent un revenu mensuel de 1.760 DH chacun. En plus, pas moins de 7 associations pastorales regroupant 1.700 personnes autour de 5.000 ha de mise en défens touchent une indemnisation annuelle de plus d’un million de DH. 
A rappeler que la cédraie s’étend sur 133.000 ha. Elle fournit 80% de la production nationale de bois d’œuvre et représente 30% des recettes forestières annuelles totales. Elle assure un revenu global de plus de 353 millions de DH par an. En outre, 10% des communes forestières  bénéficient de recettes de l’ordre de 100 millions de DH en moyenne par an. Le cèdre fournit aussi près de 116,3 millions d’unités fourragères pour un cheptel de 800.000 têtes.
Ce n’est pas pour rien que la cédraie de l’Atlas est considérée comme un enjeu stratégique qu’il faut préserver. Toutefois, la déforestation  gagne du terrain et prend de plus en plus des proportions inquiétantes. Les écosystèmes forestiers de la région sont dans un état de dégradation avancée à cause des défrichements et des abattages excessifs des bois de chauffe. La sonnette d’alarme est tirée et les responsables avertis: le Maroc risque de voir disparaître sa cédraie, ce patrimoine inestimable…

 

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