Enquête

Les circuits de la «mafia du cèdre»s’étendent jusqu’à Casablanca

Par Jamal Eddine HERRADI | Edition N°:4814 Le 15/07/2016 | Partager
La stère, vendue moins de 13.000 DH sur le marché noir
Le bois est coupé généralement de nuit
Moyens de transport: camions, fourgonnettes et bêtes de somme
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Les pick-up sont souvent utilisés dans le transport du bois de cèdre coupé clandestinement. Les trafiquants le dissimulent sous des bottes de foin, mais le subterfuge est souvent découvert par les gardes forestiers ou les gendarmes (Ph. DPEFLCD)

C’EST à une véritable «mafia du cèdre» que les autorités compétentes font face chaque jour. Gardes forestiers, Gendarmerie royale et autres services sont ainsi confrontés à des bandes organisées dont le seul intérêt est de se faire beaucoup d’argent. Au détriment, bien sûr, de la  préservation de ce patrimoine. Le futur, l’environnement, la sauvegarde de la nature, sont le cadet de leurs soucis. Seul le profit qu’elles peuvent tirer de la cédraie les intéresse.
 Il faut savoir que la stère de bois d’œuvre de cèdre est légalement commercialisée entre 18.000 et 20.000 DH sur les marchés du bois, notamment à Casablanca et Rabat. Sur le marché noir, elle ne coûte que 12.000 à 13.000 DH. La tentation est très forte pour ces délinquants sans foi ni loi.
Le mode opératoire est de mélanger le bois de cèdre acheté légalement à celui coupé illégalement. Leurs moyens vont du camion au transport du bois à dos de bêtes de somme, sans oublier les multiples autres fourgonnettes et pick-up. 
Généralement, le client passe sa commande au marchand de bois de cèdre installé légalement. Commande qui sera transférée à une scierie autorisée. Mais, véreux, le marchand en profite pour commander sur le marché parallèle quelques stères supplémentaires qui seront coupées clandestinement. Une fois lancée, la commande suit des circuits bien déterminés.

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1- Les bêtes de somme, principalement les mulets, sont très sollicitées pour acheminer le bois à travers des sentiers difficiles d’accès pour les véhicules (Ph. DPEFLCD)
2- Les fourgonnettes sont également utilisées pour le transfert du bois du délit dans l’espoir de déjouer l’attention des gardes forestiers (Ph. DPEFLCD)
3- Des armes blanches et un fusil de chasse saisis par les gardes forestiers. Ces derniers sont souvent la cible des trafiquants qui ne reculent devant rien pour «protéger» leur butin de bois de cèdre coupé illicitement (Ph. DPEFLCD)
4- Des voitures apparemment presque hors d’usage. Mais, en fait, c’est un trompe-l’œil. Sous la carrosserie, elles sont équipées de châssis, d’amortisseurs et de moteurs puissants (Ph. DPEFLCD)

Le bois est coupé, généralement de nuit, puis entreposé dans des dépôts clandestins en attendant sa dissimulation parmi les stères de bois achetées légalement. Toute l’opération est suivie et surveillée à distance par les «boss» de ce trafic. La technologie aidant, ils communiquent à l’aide de téléphones portables qu’ils changent fréquemment, pour éviter de se faire repérer. Le plus souvent, les appels des patrons se font à partir de cabines téléphoniques publiques. 
 Les hommes de main, chargés de l’exécution de la basse besogne, reçoivent à chaque opération un nouveau téléphone portable doté d’une puce qui sera utilisée pour la première fois et uniquement pour l’opération en cours. Ces derniers n’appellent les patrons que pour leur signaler l’état d’avancement de l’opération de coupe illicite du bois. Ils utilisent un langage commun, genre «le déjeuner est prêt», «la caravane est passée, mais les chiens continuent à aboyer», «il faut faire attention, la route est mauvaise», «les bêtes sont dans les écuries», «on va vous rendre visite prochainement», etc.

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Les résultats réalisés durant l’année 2015 au niveau d’Ajdir sont jugés satisfaisants malgré le dérapage constaté en août  de la même année. En effet, il a été constaté  la coupe de 7 arbres de cèdre, soit un volume de 93 m3 de bois d’œuvre (BO). C’est presque la moitié du volume coupé en délit dans la province durant toute l’année

Pour les gardes forestiers, les opérations de ratissage se compliquent quand les trafiquants de bois utilisent des sentiers de montagne difficiles à atteindre. Malgré leurs moyens, qui resteront, il est vrai, toujours insuffisants face à ceux utilisés par la mafia du cèdre, les services chargés de la protection de la cédraie ne ménagent aucun effort pour lutter contre cette autre forme de délinquance ravageuse de la nature et de tous les écosystèmes.  La stratégie retenue pour lutter contre cette mafia consiste en l’implication également des autorités provinciales. Notamment  par la tenue régulière de la réunion du Comité technique provincial, en présence des services sécuritaires pour le suivi de l’avancement du plan d’intervention et de l’évolution temporelle et territoriale des délits.
Elle consiste aussi à élaborer à la fin de chaque mois un programme prévisionnel de patrouilles et barrages mixtes du mois suivant. Ce planning modifiable est communiqué au début de chaque mois à la province et aux services de sécurité pour exécution.
Sans oublier le suivi rigoureux du contentieux pénal en coordination étroite avec le parquet et l’avocat de l’administration.

 

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