Edition électronique du 2/9/2010
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Abus de pouvoir
 
LA saisie de l’hebdomadaire Al Watan et l’arrestation de son directeur, Ariri, sont graves et inquiétantes à plus d’un titre.
D’abord au niveau de la procédure, rien ne justifie que le directeur d’un journal soit arrêté de cette manière tant que ce qui lui est reproché a un lien avec l’exercice de sa profession. Cette tendance consistant à criminaliser la presse est inquiétante. Faut-il rappeler que le rôle de la presse est d’informer l’opinion et que l’information est un droit pour le peuple souverain. Il ne s’agit pas ici de donner dans la grandiloquence mais simplement de rappeler des principes élémentaires.
Ce journal a publié des documents internes à des services de sécurité, des documents banals. Même s’il y avait faute, ce qui à nos yeux n’est pas le cas, il appartiendra au juge de le dire et tant qu’il ne l’a pas dit, il n’y a pas faute et donc pas lieu de procéder à l’arrestation du directeur de la publication.
Par ailleurs, si des documents venant de services de sécurité se trouvent entre les mains des journalistes, ce n’est pas la faute de ces derniers, il faudrait plutôt s’en prendre aux services car ces fuites dénotent bien des négligences. Le journaliste, quant à lui, ne fait que son travail qui est de publier. Il n’est pas chargé de la discipline des fonctionnaires. Les seuls documents que la loi interdit de publier sont ceux que contiennent les dossiers en cours d’instruction devant la justice.
On ne peut que s’étonner de la volonté des pouvoirs publics de dramatiser l’affaire, comme s’il y avait des acteurs occultes cherchant à saboter le processus de libéralisation en cours. Au cas où ces acteurs l’ignoreraient, ils doivent savoir que le Maroc ne pourra jamais s’inscrire parmi les pays démocratiques s’il n’a pas une presse libre.
Les organisations professionnelles de la presse contribuent à gérer cette phase délicate de transition. Mais il faudrait tout de même que l’Etat de son côté ne laisse pas certains de ses agents, à chaque étape positive, venir la détruire délibérément.

Abdelmounaïm DILAMI
 
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