· «Le segment des progiciels offre d’importantes opportunités»
· Un emploi dans les TI génère une valeur ajoutée 10 fois supérieure aux autres secteurs
«Les autoroutes de l’information sont aussi importantes que les autoroutes en goudron». C’est avec cette boutade que Ali Guedira, conseiller du ministre du Commerce, de l’Industrie et des Nouvelles technologies, a souligné l’importance de l’économie numérique, lors de la conférence organisée par l’antenne Maroc de la Chambre du commerce internationale (CCI Maroc) lundi. L’événement était l’occasion d’aborder les opportunités que présente l’économie numérique pour les entreprises marocaines, «et surtout de les sensibiliser à l’importance de l’industrie des technologies de l’information (TI)», a précisé Youssef Harrouchi, président de la comission commerce électronique, des TI de la CCI Maroc. En effet, le secteur des TI est le plus dynamique de l’économie mondiale, représentant un chiffre d’affaires supérieur à 3.000 milliards d’euros. De plus, son taux de croissance est deux fois plus élevé que celui de l’économie, et il représente plus de 25% de la croissance mondiale. A l’horizon 2015, ce taux dépassera les 30%. Au Maroc, un emploi dans le secteur des TI génère une valeur ajoutée dix fois supérieure aux autres secteurs. «L’économie numérique est un accélérateur de développement», a insisté Jacques Beglinger, avocat suisse et expert international en technologie de l’information et propriété industrielle. Par ailleurs, les entreprises du secteur des TI présentent un business model parfaitement adapté pour les pays en voie de développement. L’investissement de départ est assez faible et pourtant les résultats sont parfois impressionnants. Le gouvernement, conscient de «la corrélation entre investissement dans les TI et croissance économique, a tracé une feuille de route pour le développement de ce secteur à travers le plan Maroc Numeric 2013», a affirmé Guedira. Le plan, qui compte une batterie de mesures avec une enveloppe globale de 5,2 milliards de DH (cf. www.leconomiste.com), ambitionne de «positionner le Maroc comme un hub technologique régional», selon Guedira. Mais les entreprises marocaines du secteur doivent faire face à de nombreux obstacles. Beaucoup trop fragmentées, les entreprises nationales ne répondent pas à la demande locale, et cela au profit des grands groupes internationaux.
Opportunités de développement
Même si l’Etat prévoit la création de 100 start-up, dont 25 dans les niches d’excellence (services mobiles, services monétiques et gestion des droits numériques, web design et enfin progiciels développés localement pour les besoins du gouvernement et des entreprises.), «il est difficile d’imaginer la constitution d’un hub technologique sans «entreprises locomotives» dans le secteur», selon Abdelhak Bennani, président de la CCI Maroc et ex-PDG de Wafabank. Et d’ajouter que dans le secteur bancaire, par exemple, «nous comptons cinq groupes d’envergure régionale, voire internationale, et aucun dans le secteur des TI». Pour Guedira, «créer un Google ou un Skype marocain sera difficile, par contre, dans le domaine des progiciels par exemple, les compagnies d’assurances peuvent s’associer pour en développer. Et ce secteur est extrêmement prometteur». Certaines entreprises arrivent à s’imposer sur les marchés internationaux, c’est le cas de HPS (acteur majeur du marché des logiciels monétiques) par exemple au Japon. «Il est possible de transformer les grandes tendances technologiques en opportunités de développement», explique André Cichowlas, vice-président de Capgemini, directeur mondial des activités d’intégration de système. Pour la période 2010-2012, le groupe Capgemini a identifié 17 grandes tendances technologiques regroupées en 7 grappes technologiques ou clusters. Par exemple, les interactions individualisées constituent une de ces grappes. L’utilisateur étant au centre de tout, il faut mettre en place des solutions qui offrent plusieurs services dans les plus brefs délais et qui construisent un contenu en fonction des besoins de chaque utilisateur. Selon Cichowlas, «la plupart des business drivers reposent sur les technologies de l’information et sur les clusters technologiques». Les drivers principaux étant l’étoffement du portefeuille clients, l’évolution de la chaîne logistique et l’adoption de nouveaux modèles d’entreprise.
«Toujours des barrières à l’exporation» Alors que le plan Maroc Numeric 2013 est en cours, les professionnels du secteur des TI restent sceptiques sur certains de ses aspects. Abdelhak Bennani, président de la CCI Maroc et ex-PDG de Wafabank, évoque certaines pistes d’amélioration.
- L’Economiste: Quels sont les apports de la CCI Maroc aux entreprises marocaines?
- Abdelhak Bennani: La CCI regroupe des experts de plus de 43 pays, très actifs au niveau international. Nous n’avons pas de cadre marocain où les entreprises nationales peuvent participer à des débats à l’échelle internationale. La CCI Maroc, à travers les manifestations qu’elle organise, permet aux entreprises de rompre avec cette exclusion, et d’apprendre des autres. Nous nous donnons comme objectif d’encourager et favoriser les entreprises marocaines auprès des instances internationales. Et lorsque des projets intéressants sont identifiés, nous constituons un groupe qui aide ces derniers à aboutir, et cela au niveau de la formation, de l’information et de la promotion.
- Pensez-vous que les ambitions du plan Maroc Numeric 2013 sont tenables?
- Nous avons des chances d’atteindre la plupart des objectifs. Mais l’absence de la composante télécoms fait cruellement défaut. L’intégration de l’ANRT à l’établissement de ce plan était cruciale. Nous ne pouvons pas se fixer des objectifs en termes d’accès à Internet sans intégrer le support physique qui est censé les atteindre. C’est ce qu’a fait la France dans son plan numérique: des appels d’offres à opérateurs sont lancés afin que la totalité des Français ait accès à un débit Internet supérieur à 512 kbits pour un tarif inférieur à 30€ par mois. Le plan Maroc Numeric 2013 ne pipe mot sur ce type d’éléments pourtant essentiels.
- Vous avez souligné l’absence de «locomotives» dans le secteur des TI. A votre avis qu’est-ce qui peut être fait pour remédier à cet handicap ?
- Je soulève la question, mais je n’ai pas la réponse. Les mesures prévues dans le plan Maroc Numeric pour les start-up et les PME répondent aux besoins de ces dernières. Mais rien n’est prévu pour les transformer en acteurs régionaux et internationaux. Nous avons des ressources financières et humaines pour pouvoir répondre, non seulement à la demande locale (aujourd’hui comblée par les entreprises internationales), mais aussi à l’internationale. Toutefois, les barrières à l’exportation de services marocains nous handicapent fortement. Les ingénieurs marocains se voient souvent refuser le renouvellement de leur visa de 3 mois.
A. Ak.
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