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Stratégie

Le Maroc doit s’intéresser à Nordstream

Par Noureddine SEFIANI(*)
 
Le projet Nordstream (55 milliards de m3, voir carte) pour fournir du gaz russe à l’Allemagne et le gazoduc Medgaz (8 milliards de m3) reliant directement l’Algérie à l’Espagne, procèdent apparemment de la même logique: contourner les pays de transit. Toutefois un examen détaillé révèle  de lourdes différences.
Le projet Nordstream procède de la volonté de la Russie et des pays européens consommateurs d’être reliés directement pour éviter les crises récurrentes entre la Russie et certains pays de transit. En réalité et outre les sérieuses divergences politiques entre la Russie et ses voisins immédiats, des intérêts économiques importants contribuent également à la détérioration de leurs relations: droits de transit et prix subventionné du gaz fourni.

Contourner les trublions


S’agissant des relations entre le Maroc et l’Algérie, on est loin d’être dans le même scénario, à l’exception de l’affaire du Sahara.
Par ailleurs, ni la Russie ni les pays de transit (à l’exception peut-être de la Biélorussie) n’envisagent une intégration régionale. Par contre, l’Algérie et le Maroc ne cessent de clamer leur foi en un avenir commun dans le cadre du Maghreb. Or, le passage d’un deuxième gazoduc à travers le Maroc pour rejoindre l’Espagne aurait été interprété comme un signal que le Maghreb n’est pas abandonné. A noter aussi que l’Algérie envisage de contourner un autre pays maghrébin, la Tunisie avec laquelle elle n’a aucun contentieux. Il s’agit du projet GALSI entre l’Algérie et la Sardaigne.
Sur le plan économique aussi, la situation est différente. En effet le transit par le Maroc du gaz algérien se déroule à la satisfaction de tous. Aucun contentieux n’existe entre les deux pays à ce sujet.
Nordstream, tout en évitant les pays de transit terrestre, a dû quand même solliciter les autorisations de 5 pays pour pouvoir commencer les travaux: Danemark, Finlande, Suède, en plus de l’Allemagne et de la Russie. La Finlande et la Suède ont accordé leur autorisation le 5 novembre 2009.
Le communiqué du ministère suédois de l’environnement indique que l’autorisation est conditionnée à des engagements draconiens souscrits par Nordstream (y compris la fixation par les géologues suédois de l’itinéraire emprunté dans la zone économique exclusive suédoise, programme strict de contrôle des travaux de construction et après la mise en service de l’ouvrage). La Suède affirme que la base de sa décision est le respect du droit international de la mer permettant à tous les Etats de poser des pipelines, y compris sur le plateau continental des Etats côtiers. Toutefois la sauvegarde de l’environnement constitue une responsabilité fondamentale pour la Suède. De ce fait Stockholm a posé des conditions strictes à la société Nordstream pour clarifier l’impact possible. Et ce n’est qu’une fois que les garanties nécessaires obtenues que la Suède a délivré son autorisation.

Protéger la zone exclusive marocaine


Trois conclusions doivent être tirées des différences. Tout d’abord, le Maroc a tout intérêt à comparer les données de sécurité et d’impact sur l’environnement retenues par les pays scandinaves avec celles retenues pour construire Medgaz. Il s’agit de vérifier si les normes environnementales et de sécurité sont aussi contraignantes. S’inspirant de la méthode utilisée par la Suède (partie prenante de manière permanente dans les contrôles de qualité durant toute la phase d’utilisation du gazoduc), le Maroc doit poser régulièrement à ses deux voisins les questions liées à la protection du milieu marin dans sa zone économique exclusive.
Ensuite, il n’y a aucune commune mesure entre Nordstream et Medgaz, ni dans l’ampleur du projet ni dans le nombre de pays impliqués. Pourtant, malgré les différences, Nordstream a été considéré comme un projet régional nécessitant une coopération régionale.
Face à cette situation et tout en n’insultant pas l’avenir, le Maroc doit tirer les conséquences notamment pour sa politique énergétique.
Enfin, notre pays devrait introduire rapidement l’utilisation du gaz naturel dans son bouquet énergétique. De même le Maroc peut et doit importer du GNL, une fois installées les infrastructures de réception. Enfin le Maroc devrait se positionner en tant que zone de stockage pour le GNL, comme il prévoit de le faire en matière de pétrole brut dans le port de Nador West.


Medgaz oublie l’environnement


Le site web de Medgaz révèle que les seules autorisations sollicitées et obtenues l’ont été auprès des autorités espagnoles et algériennes. Du fait que le tracé retenu pour Medgaz n’empiète pas sur la zone économique exclusive du Maroc, les parties n’ont pas consulté notre pays. Or, le gazoduc traverse la Méditerranée de façon assez rapprochée de la zone économique exclusive marocaine et si jamais un accident s’y produit l’unité du milieu marin fera que, nécessairement, la ZEE. marocaine sera touchée .
Certes l’on pourra nous répondre que l’étude d’impact environnemental faite aussi bien par l’Algérie que l’Espagne est “suffisante”, mais comme nous l’avons vu dans le cas de Nordstream les précautions les plus importantes exigées ne sont pas finalement celles prévues par les parties prenantes directes au projet mais bel et bien celles de pays tiers voisins. Il y va de la protection et de la préservation de l’intégrité d’un écosystème fragile par définition.
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(*) Haut fonctionnaire à la retraite, spécialisé dans les questions internationales

 
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