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Investissements: «Le Moroccan new deal» énergétique séduit les British

De notre envoyé spécial à Londres, Amin RBOUB
 
· Gros intérêt pour le solaire ou encore les schistes bitumineux

· Agro-industrie, commerce et services, textile, banques & assurances, tourisme, … d’autres centres d’intérêt


· Premier test réussi pour le Maroc à la City


Opération marketing plutôt réussie pour le Maroc au cœur de la City. Comme annoncé par L’Economiste, une importante délégation de ministres, de décideurs et d’hommes d’affaires marocains a été accueillie lundi en début de matinée à la Mansion House. Ils étaient plus d’une cinquantaine de décideurs de haut niveau à avoir fait le déplacement au centre de Londres. A tel point que d’aucuns ont parlé du CAM 50 marocain, faisant allusion au CAC 40. Plus de 400 hommes d’affaires londoniens ont assisté à cette rencontre très attendue par la communauté des affaires british. Au programme, le lancement officiel de la Conférence annuelle du Maroc sur l’investissement (Morocco’s Annual Investment Conference). «Cet événement marque le début d’un cycle de rencontres qui s’inscrit dans la durée et la régularité», a d’emblée annoncé la Princesse Lalla Joumala Alaoui, ambassadrice du Maroc à Londres. Cette opération a été coorganisée par l’ambassade du Maroc à Londres, l’Agence marocaine du développement des investissements (AMDI), la CGEM et le MBBC (Moroccan British Business Council), coprésidé depuis peu par Mustapha Terrab, PDG de l’OCP. Côté anglais, l’événement a été préparé par Alderman Ian David Luder, lord Mayor de la City, qui termine cette semaine son mandat. Le gouvernement britannique a été représenté par son ministre du Commerce, de l’Investissement et de la PME, Lord Davies of Abersoch. Selon le ministre anglais, «certes, nous vivons des moments difficiles, mais il y a deux certitudes: Londres reste un centre financier très important. Et le Royaume-Uni demeure une plate-forme d’affaires internationale».
L’esprit de cette démarche, selon Fathallah Sijilmassi, DG de l’AMDI, s’inscrit dans la volonté du Maroc de renforcer ses relations, ses échanges et d’aller un peu plus vers le marché anglais. Mais surtout «corriger le gap des échanges» qui sépare les deux premiers partenaires du Maroc (France et Espagne) du Royaume-Uni. Aujourd’hui, le volume des échanges commerciaux reste en deçà des ambitions (2,8% à l’import et 3,5% à l’export en 2008). Le pays de Shakespeare est le 5e fournisseur et 4e client du Maroc. C’est aussi et surtout le 3e pays émetteur de touristes à destination du Maroc entre 2003 et 2006. Sauf que les investissements ne sont pas assez réguliers et la crise n’a pas arrangé la situation. Encore plus, en dehors des partenaires traditionnels du Maroc, très peu d’opérateurs britanniques et anglo-saxons le connaissent.
Justement, pour rectifier le tir, mieux rebondir et préparer l’après-crise, le Maroc a ciblé ce pays afin de donner une résonance internationale à la nouvelle politique économique du pays: finances, commerce et industrie, énergie, réformes sociales… tout est passé en revue pour montrer la dynamique des investissements enclenchée tous azimuts ces dernières années.
Les ministres et d’autres décideurs ont présenté un Maroc sous sa nouvelle facette: celle d’un pays en mouvement qui s’est engagé dans un processus de réformes profondes tout en lançant de vastes chantiers économiques.
Ainsi, Taib Fassi Fihri a beaucoup insisté sur la stabilité politique du pays et les nombreuses opportunités qu’il offre. De son côté, Salaheddine Mezouar a montré comment le Maroc a correctement résisté à la crise. Il a expliqué les fondamentaux du système financier qui a permis une croissance soutenue (5,3%) dans des moments difficiles. Réda Chami a, pour sa part, expliqué la politique des différents plans (Vert, Azur, Halieutis, Emergence…) et les secteurs porteurs au Maroc (tourisme, agriculture, phosphates, automobile…) tout en insistant sur les nombreuses opportunités multisectorielles d’un Maroc qui se veut le cœur industriel de la région. And last but not least, l’énergie.
Tout l’enjeu de cette conférence est justement autour de l’énergie. Amina Benkhadra a exposé «le Moroccan new deal énergétique» en expliquant dans le détail le méga-projet de l’énergie solaire de 2.000 MW et les opportunités qu’il recèle aux entreprises anglaises. Sur ce registre, des experts britanniques ont montré un grand intérêt pour l’énergie au Maroc. Mais de nombreuses questions se posent notamment sur les modalités de déploiement de cette technologie coûteuse. «Il faut faire des choix judicieux par rapport aux ressources disponibles et les financements», recommande un expert anglais dans l’énergie. D’autres encore pensent que l’on peut avoir tous les ingrédients, mais « l’exécution reste la clé du succès de ce type de méga-projet». Le choix technologique est également très important. Par ailleurs, les Anglais s’intéressent beaucoup à l’exploitation des importantes réserves des schistes bitumineux dont dispose le Maroc. Sauf qu’il n’y a pas encore de process industriel spécifique dans le monde et le traitement de l’huile de schiste est encore plus compliqué. «L’option des schistes s’inscrit dans le long terme. Nous nous y préparons. Nous pensons travailler avec Shell mais aussi avec des entreprises brésiliennes. Nous avons un projet d’une usine pilote prévue en 2014 qui pourra devenir une source de production d’énergie à base de l’huile de schiste en 2017», annonce Benkhadra à la communauté british des affaires.


Sociétés cotées: Reporting, in english please!


Les hommes d’affaires londoniens sont restés particulièrement attentifs tout au long de la journée organisée à la Mansion House. Ils ont fait preuve d’une grande curiosité envers ce qui se passe en ce moment au Maroc. Mais ils se sont aussi montrés très critiques envers la forte orientation économique du Maroc envers la France et l’Espagne. Ils ont également émis, et à juste titre, des préoccupations par rapport au très faible reporting financier des sociétés cotées à la Place de Casablanca. Autre point d’achoppement: la langue. Les investisseurs anglais ont reproché aux sociétés cotées à Casablanca de ne pas publier des communications financières en anglais. Sur ce point, Mezouar s’est engagé à y remédier en mettant en place un dispositif d’accompagnement pour encadrer les PME.



«Les Britanniques méconnaissent le Maroc»
James Todd, directeur manager d’Unilever Maghreb

- L’Economiste: Quelles sont les différences entre les environnements marocain et britannique du travail?

- James Todd: J’ai travaillé en Angleterre pendant plusieurs années, je pense que chaque pays a sa particularité. Lors de mes premiers mois au Maroc, j’ai été impressionné par le dynamisme du pays, ses opportunités, l’hospitalité des gens et leur force de travail.

- Vos collègues ont reproché aux Marocains de ne pas employer suffisamment l’anglais…

- J’ai été très impressionné par le niveau d’anglais qui se pratique au sein des institutions financières marocaines. Je pense qu’ils ont été un peu durs avec vous. Les Britanniques devraient également faire des efforts pour communiquer en français ou en arabe. J’essaie personnellement d’améliorer mon français, il n’y a pas qu’un seul côté qui doit faire des efforts. De plus les gens que je côtoie au Maroc essayent de me comprendre et de communiquer dans ma langue. C’est très représentatif de la mentalité marocaine, ouverte sur le monde et volontariste.

- Est-ce qu’il y a un aspect particulièrement agaçant pour un investisseur britannique au Maroc?

- (Rire) Non, et puis l’heure n’est pas à la critique, nous sommes ici pour promouvoir le Maroc et l’encourager dans ses actions. Nous sommes tous confrontés à des défis où qu’on soit dans le monde. Il faut évaluer le Maroc sur ses qualités, ses opportunités, ses compétences… J’aime travailler au Maroc.

- Comment se fait-il alors que vos confrères soient si frileux en matière d’investissement?

- Je pense qu’ils méconnaissent le Maroc et qu’ils n’ont jamais été très curieux jusqu’à maintenant. Leur réticence vient plus d’une ignorance que d’un véritable rejet du Maroc. Je pense qu’à force de communication ils finiront par investir car nos deux pays ont de très bonnes relations.

Interview réalisée à Londres par Vanessa Pellegrin
 
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