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Le Conseil de la concurrence prépare deux avis
 
· L’un sur le beurre, l’autre sur la plasturgie

· Des parlementaires pour le statut décisionnel


Visiblement, Ali Benamour, président du Conseil de la concurrence, a un penchant pour le marathon. Après Agadir, il vient de passer par Casablanca: la Chambre de commerce française, le patronat puis les étudiants…
Derrière sa course, une obsession: «Véhiculer une culture concurrentielle». Il faut dire que cela fait partie des compétences du conseil. Mais en toile de fond, c’est le débat sur son pouvoir réel qui émerge. L’instance a, d’ailleurs, envoyé au Premier ministre, Abbas El Fassi, des propositions d’amendements de la loi 06-99 relative à la liberté des prix et de la concurrence. Et où la consécration d’un «statut décisionnel» est clairement soulignée. A la clé, le droit d’auto-saisine, d’enquête et de sanction. Pour le moment, l’instance, composée de 12 membres, doit se contenter d’un «rôle consultatif». Quelle suite donner à ses propositions? Le conseil «travaille comme si le texte actuel est permanent et agit comme si le nouveau texte sera adopté demain». Voici le slogan de son président, de ses membres et de son équipe.
Le «plaidoyer» de Benamour, jeudi dernier au centre de recherche Links, devant les étudiants de la faculté de droit de Hassan II, lui a permis de renouer avec ses années de prof d’économie d’abord et d’introduire ensuite un débat capital, jusque-là loin des milieux académiques. Ce n’est pas pour rien que le professeur Mohammed Berrada, ex-ministre des Finances et président de Links, l’a présenté comme un «homme d’interdépendance».
Le Conseil de la concurrence a eu un destin en dents de scie: créé tardivement, enterré et puis ressuscité le 20 août 2008.
«A quoi bon faire des études sectorielles, si le conseil ne peut pas agir?», s’interroge Berrada. Il y en a sept: ciment, bois, crédit à la consommation, grande distribution, téléphonie mobile, huiles de table, industrie pharmaceutique.
En attendant, des entrevues avec les groupes parlementaires (PAM et RNI) sont programmées. Jeudi 5 novembre, les députés socialistes ont rencontré le président du conseil. Les parlementaires de l’USFP sont «favorables au statut décisionnel et plusieurs groupes en sont convaincus», confirme le député Khalid El Hariri. Le conseil temporise et parle de mission d’information: à l’instar des syndicats, «les parlementaires ont le droit de nous saisir…».
Une question lancinante. «Pourquoi tant de crainte à donner du pouvoir au Conseil de la concurrence?», demande la modératrice des débats et directrice des rédactions d’Eco-Médias, Nadia Salah à son président. La réponse émane plutôt du PDG de Royal Air Maroc, Driss Benhima: «La bagarre autour de la fixation des prix de l’électricité révèle cette crainte de transférer les attributions d’une administration à une instance indépendante». Feu Abdessadek Rabiah, ex-secrétaire général du gouvernement, qui «avait horreur du mot indépendance», défendait une idée idéologique forte: «L’Etat est souverain et il est donc porteur de l’intérêt collectif», témoigne Benhima. Espérons que les temps ont changé et les mentalités avec.


Signes


Après son avis sur les livres scolaires et le pilotage maritime, le Conseil de la concurrence planche sur la plasturgie et le beurre. L’un est demandé par l’Association marocaine de la plasturgie, l’autre par le gouvernement. L’on se demande d’ailleurs quel sort sera réservé par la Primature au rapport sur les livres scolaires? Seul le Premier ministre, et donc Abbas El Fassi, a le droit de le rendre public. Il paraît que «des noms de familles sont cités et révèlent par la même des pratiques anti-concurrentielles bien sûr…», rapporte une source. Au même moment, la mission d’information parlementaire révèle de scandaleux dérapages dans la fixation des prix et la vente de médicaments. Un secteur sur lequel porte justement une étude du Conseil de la concurrence… Coïncidence ou pas, tous les indices militent pour que le Maroc ait une vraie autorité de régulation.

Faiçal FAQUIHI

 
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