«Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation», disait Napoléon. Ce n’est pas le personnage favori d’Eneko Landaburu, nouveau chef de la délégation de la Commission européenne à Rabat. Mais il s’en inspire lorsqu’il évoque les chantiers du Statut avancé. «Donner vie à ce statut» est l’une des priorités de son mandat 2009-2013. Eneko Landaburu, qui se définit comme «homme de gauche et citoyen du monde», est un fin négociateur, qui éprouve «une empathie pour le monde musulman».
- L’Economiste: Quelles sont les priorités de votre mandat 2009-2013? - Eneko Landaburu: Etre d’abord un acteur actif et efficace pour la mise en œuvre du Statut avancé. C’est un pari énorme: il faut le concrétiser via des actions définies avec les autorités marocaines. Ensuite, faire en sorte que les financements dégagés par l’UE soient utilisés au mieux. Certes, ce n’est pas avec cet argent qu’on va réduire les inégalités et la pauvreté. Mais ces fonds témoignent au moins d’une solidarité européenne. Le dialogue entre citoyens européens et marocains fait également partie de mon agenda. Je ne sais pas encore comment. Mais le dialogue ne se limite pas aux experts économiques, politiques… Les liens passent par la culture, la communication, la formation… C’est sûrement difficile. Néanmoins, l’UE a aussi des valeurs et des sentiments.
- Dans le cadre des négociations sur les services, la libre-circulation des artisans est, selon votre prédécesseur Bruno De Thomas, l’un des points «difficiles à négocier avec les ministères de l’Intérieur des 27». Est-ce toujours le cas?
- Je constate qu’on n’a pas beaucoup avancé. J’espère que l’on dépassera ce blocage durant les semaines prochaines. Il n’y a pas de date précise pour l’instant. Toutefois, un rendez-vous politique important se profile: le premier sommet UE-Maroc. Il se tiendra sous présidence espagnole probablement à Grenade en mars 2010. La ville et la date devront être confirmées. Nous avons aussi des sommets avec les Etats-Unis, la Russie, la Chine… Ces rencontres constatent l’évolution de nos rapports et fixent les orientations. Il faut à mon avis faire en sorte d’arriver à ce rendez-vous avec une négociation close dans le domaine agricole et entamée pour les services.
- L’UE tient à l’application pleine et entière de la clause de la nation la plus favorisée…
- Oui bien sûr. Nous sommes des partenaires privilégiés des deux côtés. Un traitement égal est donc tout à fait normal. Pourquoi les Etats-Unis auraient, par exemple, droit à un régime plus favorable que le notre dans les services. Pourtant, nous sommes beaucoup plus interdépendants. C’est une question qui fera l’objet de négociations. Un accord final pour début 2010 est trop top et trop ambitieux. L’idéal serait de commencer les pourparlers avant la fin de l’année.
- «Négocier, c’est dépasser le passé sans oublier l’avenir», dites-vous. Est-ce valable aussi pour les négociations sur le volet agricole? - Une bonne négociation doit toujours atteindre des résultats positifs pour les différentes parties. Et se situer aussi dans un contexte plus large que ce que l’on négocie: il faut voir les négociations agricoles dans un contexte de volonté politique de rapprochement. De part et d’autre, les intérêts propres des agriculteurs doivent êtres dépassés. C’est ce qu’on a fait lors des tractations avec les pays candidats à l’adhésion… Sinon, nous aurions eu des blocages. Trouver un équilibre entre l’intérêt sectoriel et général, c’est cela l’art de la négociation. Pour la tomate, par exemple, il ne faudra pas mesurer le bilan des négociations uniquement sur la réalité d’un produit sectoriel. Mais je suis assez optimiste pour l’avenir des négociations agricoles.
Question de jargon
Les fonctionnaires européens ont un jargon compris uniquement par eux. C’est quasiment une langue à part. Est-ce une manière de cadenasser la compréhension des mesures des institutions vis-à-vis des citoyens européens? «Ce n’est pas un stratagème pour que les fonctionnaires européens gardent le pouvoir. La technicité des dossiers fait qu’on adopte un jargon alors que l’on n’est pas censé l’utiliser», rétorque Eneko Landaburu. Il a été par ailleurs frappé de voir que «les Marocains utilisent beaucoup d’acronymes, tels que la CGEM». C’est «hérité d’une très mauvaise pratique des Français. Que signifie Bercy ou l’Elysée pour un Belge ou un Polonais?». Finalement, «ce n’est pas un monopole des fonctionnaires européens que de parler en termes techniques…». Landaburu essaie, dit-il, d’avoir une «expression qui soit la moins jargonneuse possible».
Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI
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