· A partir de fin octobre
· Les privés sommés de mettre fin à leur activité
M’dina Bus en monopole. C’est désormais chose sûre. Les autorités de Casablanca ont, en effet, notifié aux concessionnaires privés de cesser toute activité à la fin de leurs contrats de concession. «Une bonne partie des transporteurs privés par bus arriveront à échéance fin octobre mais quelques-uns peuvent circuler jusqu’à janvier 2010 car leurs conventions n’expireront qu’au début de 2010 comme Chennaoui Bus et Lux Transport», assure une source syndicale. Quoi qu’il en soit, le passage à la cessation d’activité n’est pas chose aisée pour ces concessionnaires qui sont au nombre de dix transporteurs actuellement. Qu’adviendra-t-il de leur parc et de leur personnel? Les autorités casablancaises semblent avoir trouvé une solution: la reprise par M’dina Bus. «Depuis déjà quelques jours, des réunions ont lieu à la wilaya du Grand Casablanca entre le directeur général de M’dina Bus et chacun des représentants des concessionnaires. Et ce en présence du représentant de l’autorité et de ceux de la CDG. C’est en vue de déterminer avec précision les gens et les véhicules à reprendre et le prix de la transaction», indique une source proche du dossier. Ces dernières affirment que «de toutes les catégories des employés des sociétés concessionnaires, M’dina Bus ne veut ni des receveurs, ni des mécaniciens mais seulement des conducteurs». Autrement dit, cette transaction entre le délégataire et les concessionnaires fera des mécontents. Des centaines d’employés renoueront avec le chômage et leurs familles perdront du jour au lendemain leur source de revenu. «M’dina Bus aussi a ses raisons. La société n’a besoin que de chauffeurs en vue de conduire les véhicules à reprendre des concessionnaires. D’autant plus que les caisses du délégataire ne se portent pas bien», affirme une autre source. Une question et non des moindres: le délégataire pourra-t-il, seul, faire face aux besoins en déplacements des Casablancais? Selon les concessionnaires, «vouloir gérer le transport en commun en monopole n’est pas la bonne décision. Valeur d’aujourd’hui, le délégataire n’a ni le personnel suffisant, ni le nombre de bus qu’exige un vrai service de transport». Mais, les employés de M’dina Bus ne sont pas du même avis. «Au contraire, le monopole nous permettra d’accroître nos recettes et en conséquence engager les investissements nécessaires». Et d’ajouter, «souvent les concessionnaires privés se livrent à la concurrence déloyale en n’exploitant que les lignes rentables et en laissant au délégataire toute autre activité non rentable comme le transport scolaire et universitaire». Reste quand même un risque: l’arrêt du service du transport en cas de grève. De toutes les façons, la décision des autorités est cette fois-ci catégorique, voire sans appel. Certes, à maintes reprises, les décideurs locaux, wilaya et ex-Communauté urbaine, ont tenté par le passé de ne pas reconduire l’activité des concessionnaires privés, mais c’était en vain, les circonstances ne se prêtaient pas à une telle cessation de la concession du service du transport. Le transport en commun, géré indirectement par la Communauté urbaine, par voie de régie (ex-Ratc), était au bord de la faillite. Les concessionnaires privés étaient la planche de salut qui permettait aux pouvoirs publics de maintenir un service minimum de transport en commun. En août 2004, la Ratc a été «mise à mort» et la commune a délaissé carrément le service du transport. Pendant une durée de 15 ans (prolongée pour une durée additionnelle de 7 ans) la gestion de ce service public a été «abandonnée» au privé, en l’occurrence la société M’dina Bus qui regroupe Transinvest (Bahja Bus et Haddou Bus), Finance.com et RATP Développement (filiale de la Régie autonome des transports parisiens, SA de droit français). Depuis, les concessionnaires privés n’ont cessé d’être exposés aux «sautes d’humeur» de l’autorité délégante. En 2007, cinq des 10 concessionnaires ont été interdits de circuler définitivement par le maire (cf. www.leconomiste.com). En 2009, c’est au tour de dix autres de subir le diktat de l’autorité délégante.
Pas de couverture sociale
Selon des sources syndicales au sein de M’dina Bus, «seulement quelque 300 bus sont mis en circulation et 140 autres véhicules sont en panne. La réparation nécessite de dépenser des millions de dirhams pour l’achat des pièces de rechange. Mais le délégataire clame toujours haut et fort qu’il est déficitaire». Même les cotisations en termes de couverture sociale (50 millions de DH) ne sont plus versées depuis plus de 18 mois. «Le malheur c’est que la direction de M’dina Bus effectue les prélèvements sur nos salaires sans les verser», indique un autre syndicaliste. Il faut rappeler qu’une centaine de retraités de l’ex-Ratc sont toujours privés de leurs pensions de retraite. L’ex-Régie n’était pas en situation régulière vis-à-vis de la CNSS et ce sont les retraités et leurs ayants droit qui en supportent les frais.
Ali JAFRY
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