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Enquête MRE

1 émigré sur 2 veut revenir au bled!
 
· Les ouvriers encore majoritaires

· Principale habitation: logement social et HLM


«Les MRE, une population sociologiquement assez défavorisée», déduit l’enquête du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME).
Selon l’étude, 40% de nos MRE déclarent avoir connu une période de chômage au cours des 3 dernières années. Les pays où les MRE sont les plus touchés par le chômage sont l’Espagne (61%), l’Italie (41%) et les Pays-Bas (38%).
Par catégorie socioprofessionnelle (CSP), les MRE occupent majoritairement des emplois d’ouvriers en Espagne et en Italie (plus de 40%). Ils sont aussi généralement employés ou relèvent de personnel de service (18%), notamment en France, Belgique, Allemagne et Pays-Bas. Des pays d’accueil connus par une immigration ancienne, depuis la fin des années 1960. Quant aux proportions des cadres ou professions dites intermédiaires, elles demeurent très faibles, respectivement entre 4 et 11%. En revanche, la proportion des ouvriers baisse de plus en plus auprès de la 2e génération. Et ce, au profit de la fonction «employé» (21%). Et c’est aussi à cette 2e génération que l’on doit la majorité des cadres et autres professions intermédiaires issus de l’immigration (respectivement entre 5 et 11% au lieu de 3 et 6% pour la 1re génération). Le type de logement occupé par nos MRE renseigne également sur leur situation socioprofessionnelle et leurs conditions de vie. Plus du quart des Marocains d’Europe déclarent vivre «dans un logement social ou un habitat à loyer modéré (HLM)». C’est en France et en Hollande que les Marocains et leurs enfants vivent le plus dans ce type de logement social. En même temps, la proportion de MRE résidant dans un logement social tend à baisser d’une génération à l’autre. Elle est de 27% pour la 1re génération contre 22% pour la 2e génération.
Parmi les enseignements forts de l’étude, le lien social envers le pays et l’élan de solidarité envers les proches et parents au pays d’origine. En dépit de conditions de vie difficiles, un Marocain d’Italie sur 2 (52%) dit soutenir financièrement sa famille au Maroc. Mais ces derniers représentent les plus faibles proportions en termes de soutien financier envers leurs familles.
En France, 68% des sondés déclarent soutenir financièrement leurs proches et familles au Maroc, contre 60% en Belgique et 59% aux Pays-Bas.
Quant à l’option de retour définitif au pays d’origine, il diffère selon la communauté, la génération et le pays d’accueil. Ce qui est étonnant, c’est le pourcentage de MRE de 1re génération envisageant de passer leurs vieux jours au Maroc qui n’est pas si élevé (52% seulement). Mais ce taux reste important comparé à celui de ceux qui se projettent en Europe (30%) ou encore ceux qui ne souhaitent pas se prononcer sur cette question (16%).
Ainsi, l’Espagne est le 1er pays où les premières générations imaginent le plus rentrer au Maroc et y passer leur retraite (69%), plutôt que de rester en Espagne. Les Marocains d’Italie sont plutôt divisés sur la question du retour au Maroc. 46% y songent contre 38% qui envisagent plutôt de vivre dans leur pays d’accueil. Cependant, c’est en France et aux Pays-Bas où les MRE de 1re génération prévoient le plus le retour au Maroc. Un Marocain de France et de Hollande sur 2 souhaite vieillir au Maroc. C’est aux Pays Bas où la 2e génération est la plus encline à vivre provisoirement ou définitivement au Maroc (52%).
En revanche, les MRE d’Allemagne présentent un profil assez atypique. Ils sont en nombre plus faible, vivent le plus en exogamie (mariage mixte) et sont assez éloignés de leur pays d’origine. Ceux-ci «semblent avoir coupé les liens avec le pays d’origine». En plus de la Belgique, l’Allemagne est le pays où les premières générations envisagent le moins le retour au Maroc pour les vieux jours (46%). Un choix qui s’explique par les conditions de vie de nos MRE. Selon l’étude, l’Allemagne est le pays où les MRE sont dans une situation plus clémente et ont le moins le sentiment d’être stigmatisés. Les MRE de Belgique sont ceux qui envisagent assez sereinement leur installation durable dans ce pays d’accueil. C’est d’ailleurs l’un des rares pays où les 1res générations souhaitent finir leur vie. D’ailleurs, un grand nombre de MRE de Belgique (55%) sont propriétaires ou accédant à la propriété.
Sur un autre registre, l’image que véhiculent les MRE dans les pays d’accueil est généralement «moins flatteuse» que la perception du Maroc lui-même. Globalement, un sentiment de rejet assez fort se dégage dans les différents pays d’accueil. «Si 78% des MRE pensent que le Maroc bénéficie d’une bonne image dans leur pays de résidence, ils ne sont qu’1 sur 2 à penser la même chose sur l’image de leurs compatriotes dans les pays d’accueil respectifs», déduit l’étude. Dans certains pays comme la Hollande, l’Italie et l’Espagne, «le sentiment de rejet est même majoritaire». Il est de respectivement 64, 61 et 53%. En revanche, la situation semble plus tranquille en Allemagne et en France avec un sentiment d’image positive respectif de 66 et 64%. Par origine, ce sont les émigrés du Nord (le Rif) et de l’Atlas qui ont le plus le sentiment que les MRE ont une mauvaise image dans le pays d’accueil (respectivement 50 et 58% de perception négative). Curieusement, plus les sondés sont récemment installés en Europe, plus la perception pessimiste est forte. C’est également le cas pour ceux ayant connu une période de chômage ces dernières années. En revanche, la pratique religieuse semble moins problématique dans les différents pays retenus. Seulement 34% des MRE ont le sentiment qu’il leur est plus difficile de pratiquer la religion contre 63% qui estiment qu’ils n’ont ni plus ni moins de difficultés que les autres. Par ailleurs, plus de 30% des sondés considèrent qu’il leur est même plus facile de pratiquer leur religion. Curieusement, les 2e générations semblent être plus critiques sur la religion que leurs parents. Excepté en Allemagne, ils sont quelque 45% à trouver des difficultés à pratiquer leur religion en pays d’accueil. Et 47% des MRE déclarent fréquenter régulièrement la mosquée. Une fréquentation qui oscille entre 55% en Espagne et seulement 40% en France.



Discrimination


Les MRE ont le sentiment d’être confrontés à une forte discrimination pour l’accès au travail et au logement. Selon les résultats de l’enquête, «72% des MRE considèrent qu’il leur est plus difficile de trouver un emploi par rapport à la plupart des habitants de leur pays d’accueil». Ils sont aussi 61% à considérer qu’il est plus difficile, pour eux, de trouver un logement. A l’inverse, l’accès aux soins et à la scolarité est jugé plus facile (17% de difficultés seulement pour les soins et 26% pour la scolarité).
Quant à la 2e génération, elle a des préoccupations plus marquées que la 1re génération quant à la reconnaissance en milieu professionnel. 54% de la 2e génération considèrent qu’il est plus difficile d’être reconnu dans son travail au lieu de 42% pour la 1re vague. Généralement, les situations de discrimination sont diverses (religion, emploi, logement…), selon le pays d’accueil. Mais l’Italie et, dans une moindre mesure, les Pays-Bas restent de loin les deux pays où les discriminations sont le plus fortement ressenties. Les discriminations ressenties dans ces deux pays vont au-delà des aspects d’ordre social, elles concernent aussi des tensions dans les relations avec les autochtones, une discrimination religieuse et de reconnaissance dans le travail.

Amin RBOUB

 
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