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Casablanca se protège contre l’Oued Bouskoura
 
· Réalisation d’un exutoire à l’oued vers l’océan

· Un projet d’un milliard de DH


· Mise en service en 2012


LE risque de crues de l’Oued Bouskoura est bien réel. Depuis déjà des décennies, élus et autorités envisagent de réaliser un exutoire à l’oued vers l’océan. Mais, les promesses restaient au stade des souhaits. Avec l’unicité de la ville, le projet devient réalité. De commun accord avec Lydec, les travaux vont commencer en ce deuxième semestre de l’année 2009 pour la réalisation du fameux Super collecteur ouest (SCO) tant attendu.
«Si toutes les conditions sont réunies, les travaux seront engagés au 2e semestre 2009. Après un délai de 3 ans, l’ouvrage serait ainsi opérationnel pour l’hiver 2012/2013 et permettrait de réduire considérablement les risques d’éventuelles crues de l’Oued Bouskoura», affirme Tahar El Agal, directeur du SCO. Le coût avoisine le milliard de DH et la mise en service est attendue pour 2012. Le budget est alimenté par le Fonds de travaux de la gestion déléguée et de subventions de l’Etat.
Le risque de débordement de l’oued n’est pas à écarter. Les changements climatiques y seront pour beaucoup. «D’après d’anciennes cartes de Casablanca et certains plans du cadastre, l’Oued Bouskoura traversait bien toute la ville et se jetait dans l’océan près du Port de pêche (ancienne Médina)», explique Hamid El Misbahi, directeur des projets de développement à Lydec. Et d’ajouter: «Selon des témoignages, dans les années 50, les crues de l’oued bloquaient les routes pendant plusieurs jours et entraînaient de graves pertes. Ce constat a été corroboré par les résultats d’une modélisation mathématique réalisée par notre bureau d’étude. Ces résultats montrent que l’eau peut atteindre les grandes artères de la ville comme les boulevards Ghandi et Zerktouni», explique Hamid El Misbahi. Ce sont ces endroits qui constituaient jadis le lit de l’oued.
S’il n’a pas débordé pendant de nombreuses années, c’est parce qu’«il existe plusieurs dépressions naturelles (dayats) dans son bassin versant qui permettent de retenir les eaux de pluies avant leur arrivée vers la ville. Mais, une fois ces dayats saturées, suite à de fortes pluies, le déversement des eaux vers Casablanca est inévitable, ce qui constitue un danger d’inondation», tient à souligner Misbahi.
Avec la mise en place du SCO, la ville aura un exutoire dans l’océan à l’Oued Bouskoura. Ce n’est pas l’unique mission du collecteur. C’est aussi un équipement de première importance pour le renforcement de l’infrastructure d’assainissement pluvial de la zone Ouest de la métropole (secteurs Ferrara, Oulfa, Hay Hassani…). Une zone qui connaît une forte urbanisation et par conséquent des besoins grandissants en assainissement. Le SCO permet aussi d’envisager l’ouverture à l’urbanisation des zones Sud-Ouest sans danger d’inondations.
Plus concrètement, le collecteur fait 7 kilomètres de long et atteint 40 mètres de profondeur par endroit. Les techniques et procédés de mise en place sont des plus modernes. Le responsable du projet en souligne la spécificité: «Le collecteur va être creusé à l’aide d’un tunnelier conçu spécialement pour ce projet. C’est un collecteur qui aura une forme circulaire d’un diamètre de 4 mètres. Il permettra l’évacuation d’un débit de 65 m3/seconde en écoulement à surface libre et de 83 m3/seconde lors d’un écoulement en charge».
Le SCO passera principalement par les quartiers de la zone Ouest de Casablanca. Le point de départ se situe entre la voie Al Qods et la route 1077, exactement à côté du rond-point Azbane sur la route d’El Jadida. Le tunnel empruntera par la suite le prolongement du boulevard Al Qods jusqu’à Hay Hassani et la route d’Azzemour à proximité du poste source d’électricité HTA «Dar Bouazza» avant de déboucher sur l’océan.
Sur le plan technique, l’ouvrage est conçu pour recevoir les eaux qui arrivent par l’Oued Bouskoura. Sa composition est multiple. Primo, un ouvrage d’entonnement sous forme d’un canal trapézoïdal d’une longueur d’environ 400 mètres avec une largeur de 3,5 mètres à la base et s’élargira progressivement pour atteindre 20 mètres. Ceci permettra de réduire la vitesse des eaux qui vont rejoindre un tunnel de 17 à 20 mètres de profondeur à son départ. Secondo, des puits pour l’accès au collecteur et pour l’aération. Tout au long de la galerie souterraine, des puits serviront, en effet, à la fois pour accéder au collecteur et pour l’aérer; ils permettront aussi l’interception des collecteurs pluviaux des bassins urbains traversés par le tunnel vers la mer. Tertio, une sortie du collecteur intégrée à son environnement. «Elle sera placée sur une côte qui permet la restitution dans l’océan sans créer d’interfaces avec les marées. De plus, une étude paysagère a été réalisée pour que l’exutoire du collecteur soit parfaitement intégré à son environnement», indique El Agal.
Ce dernier tient également à préciser que «l’ouvrage ne fera transiter que des eaux pluviales». Le débit d’étiage de l’oued ou le débit d’éventuelles infiltrations sera intercepté à l’amont de la plage et acheminé vers le réseau d’assainissement avoisinant. «Un dispositif très sophistiqué est prévu pour garantir que le SCO ne déversera dans l’océan qu’en période de grandes pluies», conclut-il.


Savoir-faire


EN matière de lutte contre les inondations, Lydec a développé une solide expérience acquise grâce au transfert de savoir-faire du groupe Suez-Environnement. Chose qui lui a permis d’apporter une réponse efficace au problème des inondations qui ont touché dans le passé le quartier El Fida à travers la mise en place de la galerie du délestage du Collecteur Ouest. Le délégataire a aussi protégé Mohammedia contre les débordements de l’Oued Maleh grâce à un canal de délestage. C’est ce savoir-faire cumulé qui sera mis au profit d’un autre projet d’envergure: protéger Casablanca du risque de crue de l’Oued Bouskoura.


Ali JAFRY

 
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