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Assurances: Attention à la maîtrise des risques

Entretien avec Michel de La Belliere, expert à Deloitte France
 
· Bien négocier le rendez-vous avec Solvency II

· Contrôle interne: Le Maroc s’y met déjà


Associé dans le département Consulting Assurance de Deloitte France, et responsable de l’offre Solvency II, Michel de La Belliere anime le séminaire organisé aujourd’hui par L’Economiste et Deloitte sur Solvency II.

- L’Economiste: Quels sont les enjeux de Solvency II?

- Michel de La Belliere: C’est avant tout la maîtrise de tous les risques que prend un assureur. Bien souvent, la gestion des risques se cantonne aux étapes-clés du métier de l’assureur: souscription, provisionnement et tarification. Or les faillites d’assureurs sont plus fréquemment dues à des défaillances d’investissement, voire à des crises opérationnelles majeures pour les plus petits acteurs. La maîtrise des risques est une tendance lourde qui va influencer l’évolution du secteur pour les années à venir, en entrant de plus en plus dans les critères de décision des entreprises: lancer tel nouveau produit, procéder à telle fusion-acquisition, investir dans telle classe d’actif,...
A ce jeu, les assureurs qui prendront une longueur d’avance seront ceux qui auront tourné les nouvelles exigences réglementaires en avantage concurrentiel de long terme, grâce à une maîtrise de leurs risques supérieure à celle de leurs pairs.

- Quelles sont les principales différences avec les règles de Bâle II?

- D’un point de vue structurel, la répartition des exigences est différente: dans Solvency II, les deux notions de «capital minimum requis (MCR)» et de «capital de solvabilité requis (SCR)» figurent dans le Pilier 1 alors que dans Bâle II, le Pilier 1 ne définit que l’exigence minimale de fonds propres.
Par ailleurs, Solvency II vise à une plus grande exhaustivité des risques couverts par les exigences de capital que Bâle II: cette dernière ne tient compte que de 3 risques principaux (crédit, opérationnel, marché). Enfin les méthodes de calcul des exigences minimales de capital varient: le MCR de Solvency II ne peut être calculé qu’à partir de formules standard, alors que plusieurs méthodes sont possibles pour les risques couverts par Bâle II, de même que l’usage d’un modèle interne.

- Dans quelle mesure les assureurs marocains sont-ils concernés par le projet Solvency II?

- Lancé en Europe, Solvency II est la première manifestation d’une tendance lourde: comme le Maroc, plusieurs pays ont décidé ou réfléchissent à la mise en œuvre de réformes similaires. Les assureurs marocains sont donc très concernés, en premier lieu par la nécessité de renforcer la culture du contrôle interne et de la gestion des risques tel que la circulaire du 28 août le prescrit. Au-delà, ils doivent se préparer à faire évoluer leurs outils de mesure des risques, comme les modèles de tarification, de provisionnement ou de gestion actif-passif. C’est cet ensemble d’outils et de politiques qui leur permettra d’être performants sur leur marché domestique et de se développer hors des frontières sur des bases solides.

- Quel est aujourd’hui l’impact de la crise financière internationale sur le secteur des assurances?

- Les assureurs sont aujourd’hui relativement épargnés par la crise financière: les groupes qui ont connu des difficultés, comme AIG, ont subi le contrecoup de diversifications dans les métiers hors de l’assurance. Le secteur a pu résister jusqu’à présent car il bénéficie du stock de plus-value financière accumulé depuis cinq ou six ans. Mais au fur et à mesure que les plus-values s’évaporent, le secteur se rapproche de choix douloureux: recapitalisation, concentration, réduction massive des coûts.

- Des répercussions sont-elles à craindre au niveau du Maroc?

- Les assureurs marocains semblent en bonne position pour résister à cette crise: sur leur marché, le potentiel de développement permet de soutenir l’activité et les résultats nécessaires pour financer les investissements futurs. A un niveau plus global, l’économie du Maroc est comme beaucoup d’autres liée au système des échanges internationaux: le ralentissement constaté chez ses partenaires peut se propager à l’économie nationale.

- Un des principaux points de divergence du projet concerne le provisionnement, dont les règles sont interprétées différemment, selon qu’il s’agisse de la tutelle des assurances ou de celle du fisc. Les règles de Solvency II tiennent-elles compte de ces difficultés?

- Solvency II ne se penche pas sur les règles comptables. C’est potentiellement une source de complication, pour les assureurs qui doivent travailler avec deux référentiels distincts. Les futures normes IFRS sur les contrats d’assurance sont une forme de réponse à cette question, car elles partagent plusieurs concepts avec Solvency II, mais des divergences demeurent toujours et leur calendrier de mise en œuvre est plus long que celui de Solvency II.
Les assureurs doivent donc se préparer à une communication financière, fiscale et prudentielle plus complexe: l’un des enjeux de Solvency II est d’ailleurs de mettre en place les outils de reporting qui permettront cette communication sur trois référentiels, qu’il faudra malgré tout réconcilier.

Propos recueillis par
Adam BERRADA
 
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