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<i>Entretien avec Moncef Belkhayat, ministre de la Jeunesse et des Sports</i>
Assises nationales du sport

La politique du tir groupé
 
· Le sport au cœur du projet de société

· Faire de la Région et de l’INDH un moteur de la stratégie


· 1 milliard de DH à investir chaque année!


«Vision 2020», le package séduit et mobilise! Jamais un débat national autour du sport n’a rassemblé autant de monde et de décideurs d’horizons divers: conseiller du Souverain, chef de gouvernement, ministres, députés, présidents de fédérations, opérateurs économiques (CGEM), diplomates, ex-champions, stars et icônes du football et de l’athlétisme… Le gotha du sport, du microcosme politique et du milieu des affaires!
Un mini-gouvernement a fait le déplacement vendredi à Skhirat pour participer aux Assises nationales du sport, sous l’oeil vigilant de Abbas El Fassi. Ce qui en dit long sur l’importance de l’événement et l’urgence d’une thérapie de choc pour «réanmier» le sport. Plusieurs conventions de partenariat ont été signées, en marge des Assises, pour remettre d’aplomb un secteur vital.
Au même titre que la dynamique économique enclenchée tous azimuts, les grands chantiers… le sport est aujourd’hui appelé à son tour à se greffer à la mobilisation nationale pour traduire l’image et l’aura d’un Maroc en mouvement. C’est en substance l’esprit de la lettre royale, dont la lecture a été donnée par Mohamed Moatassime, conseiller du Souverain, qui a dressé un bilan exhaustif sur la situation inquiétante du sport national: une panoplie de «dysfonctionnements qui font que le sport s’enlise dans l’improvisation et le pourrissement», un secteur «soumis par des intrus à une exploitation honteuse pour des raisons bassement mercantilistes ou égoïstes»… Le message royal a aussi situé les Assises dans leur contexte: «une conjoncture marquée par une sourde inquiétude qu’ont suscitée les vicissitudes et les fluctuations du sport national».
C’est dire l’urgence de la mise en place de «stratégies rigoureuses et multidimensionnelles» qui érigeront la pratique sportive en tant qu’un «des droits fondamentaux de l’Homme», précise le message du Souverain qui insiste sur une réorientation du sport en tant que levier fort de développement humain, d’inclusion, de cohésion sociale, de lutte contre la misère et la marginalisation.
Le schéma de fonctionnement des clubs et fédérations a aussi été pointé du doigt. Le temps du bénévolat, de l’improvisation et de l’amateurisme où les responsabilités ne sont pas claires, est révolu. Le constat de Sa Majesté est sans appel: «le renouvellement des dirigeants et l’alternance dans le sport se réduisent à des considérations ou différends personnels».
Pour sortir de cette «crise», les Assises ne doivent pas se contenter de faire un diagnostic, fut-il le plus exhaustif et le plus précis possible, ni verser dans la rhétorique qui consiste à réformer la réforme, a tenu d’emblée à préciser le message royal. La tâche n’est certes pas facile eu égard aux lobbies et poches de résistance dans ce secteur. Mais la démarche retenue prête plutôt à l’optimisme. La feuille de route de Nawal El Moutawakkil place le sport au cœur du projet de société.

50.000 encadrants


Il a fallu une année de diagnostics, d’investigations et études de perception, de focus groupes, d’ateliers de travail et benchmarkings (France, Tunisie, Turquie) pour que la stratégie émane du terrain. Un comité d’experts pluridisciplinaires a veillé sur la préparation des études stratégiques. L’ambition est de faire du Maroc une terre de sport et un creuset de champions.
Mais comment y arriver? D’abord faire de la région un moteur de déploiement de la stratégie nationale via des infrastructures de proximité en milieux urbain, semi-urbain et rural. Les objectifs sont clairs à terme: tripler le nombre de pratiquants réguliers pour arriver à 12 millions, soit le tiers de la population (ratio des grandes nations). Ensuite, quadrupler le nombre de titulaires en passant de 250.000 à 1 million de licences. Bien entendu, le nombre d’unités sportives est appelé à son tour à se multiplier par 4 (soit donc passer à 32.000 unités au lieu de 8.000 actuellement dont la plupart sont à réhabiliter). Enfin, quintupler le nombre d’encadrants sportifs qui sont en grande partie des bénévoles ou amateurs. Le pari est de passer à 50.000 encadrants au lieu des 10.000 actuels. A terme, le Maroc disposera de 6 pôles intégrés d’excellence pour sportifs de haut niveau. Evidemment, tout cela a un coût. Le budget global de la Vision 2020 est de 12 milliards de DH, à raison de 1 milliard par an. L’essentiel va aux infrastructures et événements sportifs majeurs. Reste à savoir comment décliner la Vision sur le plan territorial ? En tout cas, une trentaine d’axes ont été identifiés et 5 leviers pour un meilleur suivi. Un observatoire national du sport sera créé pour accompagner la déclinaison et servir de force de propositions ainsi qu’un fonds de soutien au sport pour promouvoir le développement des ligues et rehausser le niveau des compétitions.


Nostalgie des 20 glorieuses!


Une étude exploratoire a été menée par le cabinet LMS auprès du grand public pour sonder les opinions et perceptions du sport ainsi que les zones de fragilité. 14 focus groupes ont été organisés avec des échantillons de 15 ans et plus toutes CSP et sexes confondus. Les enseignements de l’étude révèlent une segmentation par famille de sport (sports de ballon dits populaires, sport de prestige (tennis, golf...) et la niche de la gymnastique qui se place en tant que marché (aérobic notamment). En résumé, l’étude de LMS révèle une perception négative du sport. Les zones de fragilité telles que détectées renseignent sur une nostalgie des 20 glorieuses, qui a commencé en 1984 et s’est terminé en 2004. A partir de 2005-2006, un net recul des performances caractérisé par la difficile équation de la relève.
Les deux enseignements phares de l’étude renseignent que le Marocain (quel que soit son âge, région ou sexe) est très prédisposé pour le sport (spectacle, divertissement, compétition…). «Nous sommes sur un marché où les prédispositions vis-à-vis du sport sont une réalité», déduit Abdennbi Louitri de LMS. Second message de l’étude: «Le grand public vit une crise d’icônes», de leaderships et de stars qui portent les valeurs de reconnaissance, d’éthique et de fierté partout dans le monde.

Amin RBOUB



Recommandations pour diversifier le financement


· L’Etat réserve seulement 33 DH par an à chaque Marocain


D’où viendront les ressources financières pour la réalisation des objectifs forts ambitieux de la Vision 2020 pour le développement du sport au Maroc? Réponse de Nawal El Moutawekkil, ministre de la Jeunesse et des Sports: «Outre le budget de fonctionnement, notre ministère mobilisera près de 12 milliards de DH à l’horizon 2020». Les besoins sont énormes pour rattraper le retard par rapport à des pays similaires. Selon un travail de benchmarking réalisé par un bureau d’études étranger dans le cadre de la préparation de cette stratégie, il a été démontré que pour chaque Marocain, le budget du département des sports réserve près de 3 euros, soit 33 DH par an. Alors qu’en Tunisie, ce montant est proche de 10 euros, soit près de 110 DH. Si on prend le cas de la France, on va se trouver avec 15 euros par personne, soit près de 165 DH. Cette dotation sera plus importante si on tient compte de la contribution des budgets des collectivités locales dans la promotion du sport au niveau local.
Donc, pour le Maroc, le budget alloué par l’Etat reste très insuffisant pour moderniser le secteur, car il n’est que de 1,3 milliard de DH, soit à peine 0,6% des dépenses globales de l’Etat. Il faut donc diversifier et chercher d’autres niches de financement du sport.
Les Assises de Skhirat ont été alors l’occasion pour les acteurs du secteur pour approfondir la réflexion sur cette problématique et sortir avec une série de recommandations. Sur ce volet, on retient la mise en place d’un code des investissements sportifs pour encourager les investisseurs notamment étrangers à réaliser des projets sportifs. Et aussi faire bénéficier les fédérations et les clubs sportifs nationaux du statut d’associations d’utilité publique. Ceci leur permettra de bénéficier de certains avantages fiscaux. Toujours dans l’objectif de soulager les budgets des fédérations et des clubs, les participants ont proposé de développer le partenariat avec un certain nombre d’établissements publics pour faire bénéficier leurs adhérents de réductions tarifaires significatives sur certaines prestations. Il s’agit notamment du transport aussi bien ferroviaire qu’aérien ainsi que la consommation d’eau et d’électricité. Les responsables des clubs sportifs réclament également leur part du gâteau des recettes dégagées par les sociétés de communication lors de la couverture médiatique des manifestations sportives. D’autres idées sont avancées pour faire impliquer davantage les grandes sociétés du pays dans le financement du sport.


Un autre fonds


La création d’un fonds spécial pour le développement du sport a été parmi les recommandations de la rencontre de Skhirat. «Mais il existe déjà un Fonds national pour le développement du sport créé en 1987», s’interroge un responsable sportif. Pour ce dernier, il serait judicieux d’examiner la rationalité du fonctionnement de ce fonds dont les ressources parviennent notamment d’une partie des rentrées des stades et l’intégralité des produits de la Marocaine des jeux et des sports. «La contribution de cette dernière au fonds avoisine les 55 millions de DH par an pour atteindre 100 millions de DH en 2010», selon un ex-responsable de cet établissement.

Nour Eddine EL AISSI

 
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