Edition électronique du 2/9/2010
Accueil Votre publicité Abonnement Rendez-vous Contact Plan du site L'économiste
Articles du jour  
 Culture  
 
A La Une
Editorial
Affaires
Economie
Politique
International
De bonnes sources
Société
Culture
 
   
   La plus grande foire d’art jamais organisée au Maroc
   
Les dépêches mises à jour régulièrement
 
Vos offres d'emploi
 
Consultez les archives stockées depuis 1991
 
Finance
Bourse de Casa
Les OPCVM
Marché des taux
Marché des devises
 
Participez aux forums de L'Economiste
 
Prix de L'Economiste
 

Envoyer à un amiImprimer cet article    
Interdire des armes, du rêve à la réalité

Par le colonel Jean-Louis DUFOUR
 
Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», (Editions Complexe, 2004)

Une fois encore la communauté internationale est appelée à se prononcer sur l’interdiction d’un certain type d’armes. Depuis le 19 mai, une conférence réunit à Dublin (Irlande) les représentants de 109 Etats pour conclure un accord interdisant les bombes à sous-munitions ou BASM. Une BASM est un conteneur, susceptible d’être tiré par un canon, un lance-roquettes, un lance-missiles ou largué par un aéronef.
Une fois lancé, ce conteneur s’ouvre au-dessus de son objectif et disperse des centaines de petites bombes, parfois dotées d’un parachute, qui explosent à l’impact. L’intérêt d’une telle arme est de neutraliser une zone étendue, pouvant atteindre six hectares, avec un seul tir ou largage et donc de présenter un excellent rapport coût/efficacité. Malheureusement, ces sous-munitions n’explosent pas toujours au choc; nombre d’entre elles, de 5 à 40%, selon la nature du sol, demeurent dangereuses longtemps après la bataille. Cela est souvent constaté, par exemple au Sud Liban, depuis les guerres de 1982 et de 2006. Attirés par ces engins en forme de balles de tennis munies d’ailettes, les enfants sont tentés de les ramasser, provoquant parfois leur explosion et de cruelles blessures. Des ONG ont donc résolu d’entrer en campagne pour en proscrire l’emploi.
Interdire des armes et des procédés de combat pour des raisons humanitaires est une vieille idée. Les cités grecques proscrivaient le siège des villes; à tout le moins, il était interdit de les priver d’eau. En 1230, les évêques réunis en concile à Rome avaient décidé de proscrire l’arbalète jugée trop meurtrière. Avec une exception: utiliser cette arme serait possible en cas d’affrontement contre des infidèles! Toutefois, infidèles ou pas, la décision de Rome n’a pas fait recette. Interdire des armes, «ça ne marche pas».
Réunir à grand frais, douze jours durant, plusieurs centaines de diplomates, représentants d’ONG, experts en tout genre, pour bannir les BASM, relève au mieux de la naïveté. C’est à coup sûr se donner bonne conscience sans grand mal. Le succès, pourtant, est rarement au rendez-vous.
Une arme n’est pas mauvaise en soi. Seule son utilisation, selon que la guerre est «juste» ou non, qu’elle choisit de viser plutôt des combattants et non des civils, peut être condamnable. Il y a quelque trente ans, le directeur des ventes des avions Marcel Dassault avait observé que les appareils Mirage vendus par sa firme tuaient moins de monde que les automobiles Renault!
Depuis 1945, une centaine de millions de personnes seraient mortes du fait des combats. Sur ces cent millions, 85% seraient des civils, victimes pour l’essentiel d’armes légères, de type Kalachnikov. Le nombre de tués par BASM ou mines antipersonnel est dans ce total statistiquement marginal. Voudrait-on épargner femmes, enfants, vieillards, que la première mesure à prendre serait d’interdire toute fabrication, vente et emploi d’armes individuelles automatiques. Bien sûr, on ne le fait pas. L’ONU n’a même pas réussi à obtenir des Etats qu’ils consentent à marquer d’une puce électronique les armes fabriquées de manière à pouvoir les suivre à la trace.
On se contente parfois d’interdire ce dont les Etats ne veulent pas, armes dangereuses d’emploi ou inutiles. Exemple, les gaz de combat! Ceux-ci ne sont qu’exceptionnellement utilisables à la guerre. Il y faut des fronts fixes, des armées immobiles, des vents favorables. Mais on voit mal se reproduire le Premier conflit mondial ou la guerre Iran-Irak. Même, en ce cas, les militaires répugnent à employer une arme dont les effets boumerang sont redoutables, si le vent change de direction et renvoie sur les lignes amies le gaz destiné à l’adversaire. Commodes pour assassiner des populations sans défense, les gaz asphyxiants ne sont pratiquement plus utilisés sur le champ de bataille. Saddam Hussein n’en a fait lui-même à la guerre qu’un emploi mesuré. Ses armées ont parfois préféré diffuser de faux gaz, suffisants pour entraîner chez l’ennemi des manifestations de panique, comme à Fao en 1988 contre les Iraniens.
A l’inverse, le sait-on, le bombardement des populations est proscrit par la Convention de La Haye depuis 1907. On connaît le résultat. Dès les années 1930, de multiples conflits ont démontré la valeur médiocre de pareilles législations si les Etats estiment que leur intérêt stratégique est en jeu.
Il en est ainsi des mines antipersonnel (AP). Cette arme, interdite en 1997 par le traité d’Ottawa signé par 154 pays, est indispensable à la guerre. Sentinelle toujours sur le qui-vive, moyen de retarder le relevage d’un champ de mines antichar, la mine AP est utile. Cinq Etats, en particulier, ont refusé de la condamner, Etats-Unis, Chine, Russie, Finlande, Australie. Ces deux derniers pays ne sont pas réputés fauteurs de guerre. Cependant, l’étendue de leurs frontières comme la faiblesse relative de leur population les contraints à ne pas se priver d’un tel moyen. Au demeurant, des professionnels n’utilisent pas cette arme sans de grandes précautions, marquage des champs de mines, établissement et conservation des plans de pose…
Observées ou non, les lois interdisant certaines armes concernent au premier chef les Etats. Or la guerre conventionnelle entre armées tend à se raréfier. Sans qu’on puisse être assuré de la pérennité du phénomène, les Etats se font de moins en moins la guerre. Restent les conflits internes impliquant des bandes armées. Celles-ci se moquent comme d’une guigne de ces interdictions.
Certes, les armes à sous-munitions sont trop sophistiquées pour être mises en œuvre par des irréguliers. Des Etats qui en possèdent, comme la France, ont déclaré «retirer immédiatement du service opérationnel la roquette M 26», ce qui permet de s’en réserver l’usage en cas de besoin. D’autres Etats, comme la Russie ou la Chine, mais aussi le Pakistan, l’Inde, Israël, opposés à toute interdiction, ont jugé inutile de participer à la Convention. Non présents eux aussi à Dublin, les Etats-Unis ont menacé de ne plus prendre part à des opérations multinationales de maintien de la paix si la conférence prononce l’interdiction des sous-munitions. Le bannissement de cette arme pourrait bien seulement ajouter un chapitre au volume déjà épais des limites à l’emploi de la violence armée que les hommes s’efforcent d’appliquer à la guerre depuis deux mille ans.


Le droit de la guerre (aperçus)


EN 1899, le principe est posé à La Haye de l’interdiction d’utiliser des gaz asphyxiants. Ce principe est étendu par le protocole de Genève de 1925 qui y ajoute les moyens de guerre bactériologique dont la Convention du 10 avril 1972 prohibe la détention. Celle de Genève (10 avril 1980) manifeste la volonté des Etats d’élargir la portée même de ce principe.
Ainsi est-il désormais interdit d’utiliser des «armes classiques qui peuvent être considérés comme produisant des effets traumatiques excessifs ou comme frappant sans discrimination» (cas des mines AP et des BASM). Trois protocoles annexes portent sur la prohibition de l’emploi de «toute arme dont l’effet principal est de blesser par des éclats qui ne sont pas localisables aux rayons X dans le corps humain», sur la réglementation des mines, pièges et autres dispositifs, comme les armes incendiaires.
Problème: le principe d’interdiction est rarement absolu. Les Conventions de 1899 et de 1907 sont assorties d’une clause de solidarité. De nombreux Etats se réservent le droit d’utiliser les armes interdites à titre de représailles.
Il faut enfin souligner le problème de l’arme nucléaire. Si les essais de ces armes sont désormais interdits par la Convention de 1996, il n’existe aucun texte pour en prohiber l’usage.

 
Envoyer à un amiImprimer cet article    

© 2001 L'économiste - Réalisation : Lnet Multimedia

 
Haut de page