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Alsa démarre à Agadir   Les limites du taux plafond
Dialogue social

Quelle marge pour le patronat
 
· Le salarié marocain, plus cher qu’en Tunisie et en Chine

· La hausse pourrait engendrer des pertes d’emploi


C’EST aujourd’hui que le gouvernement et la CGEM se rencontrent dans le cadre du «dialogue social».
Il y sera bien entendu question des salaires. Et, à ce niveau, le patronat ne manque pas d’arguments. Selon des simulations réalisées par le ministère de l’Emploi, «une augmentation du salaire minimum engendrerait des répercussions négatives sur la situation du secteur textile-habillement: recul de la compétitivité de l’offre, mise en difficulté des entreprises transparentes et basculement vers l’informel de nombreuses PME sous-traitantes». Les autres secteurs exportateurs ne sont pas en reste. Ceux qui appartiennent au groupe «nouveaux métiers du Maroc» (call centers, automobile, aéronautique...) sont notamment concernés, bien que faisant appel à une main d’œuvre qualifiée et donc, en principe, pas trop sensibles à la variation du salaire minimum.
Dans son benchmark, l’étude note que le Smig horaire national est pratiquement deux fois supérieur à celui pratiqué en Tunisie et environ huit fois plus important que le Smig chinois. Il est de 1,3 USD contre 0,8 chez le voisin maghrébin et de 0,17 USD en Chine. Tunisiens et Chinois travaillent pourtant plus d’heures dans la semaine que les Marocains. Dans les deux pays, la durée de travail légale est de 48 heures par semaine, soit 4 heures de plus qu’au Maroc. Sur l’année, cela représente environ 208 heures de plus travaillées par les concurrents.
L’impact des avantages sociaux sur la compétitivité de la destination Maroc n’a pas été chiffré par le ministère de l’Emploi.
En revanche, l’étude s’essaye à justifier la nécessité d’une revalorisation des bas salaires: «Compte tenu de la contraction relative des gains du pouvoir d’achat depuis 2004, une certaine revalorisation du Smig permettrait de donner un “coup de pouce” au pouvoir d’achat des bas salaires», peut-on y lire. Pourtant, les données du ministère de l’Emploi montrent que le salaire moyen a connu une progression légèrement supérieure à celle de l’Indice du coût de la vie (ICV) sur la période 1987-2006. En 21 ans, le salaire moyen s’est accrû de 3,74% contre 3,26% pour l’ICV. Comparé à l’évolution des prix des produits alimentaires, la progression du salaire est encore plus considérable. Sur la période, l’indice des prix alimentaires n’a progressé que de 3,15%. Mieux, des gains de pouvoir d’achat sont enregistrés. Ces derniers sont de l’ordre de 0,48% par an. Le coup de pouce est plus que jamais nécessaire au vu des dernières flambées des prix des produits alimentaires de base, mais aussi du changement des habitudes de consommation du Marocain moyen dont le panier moyen est sensiblement monté en gamme ces dernières années.
On le voit donc bien, le gouvernement est dans une position des plus délicates: entre la paix sociale et la compétitivité du pays, quel choix faire? Pas évident!


Hausse du Smig mais pas du revenu


L’étude du ministère de l’Emploi a chiffré l’impact en termes de pertes d’emploi: «Une revalorisation de 10% du salaire minimum réduirait l’emploi formel de 3 à 5% des travailleurs visés par cette mesure». Les chiffres de la CNSS montrent que le nombre de jours déclarés est passé de 215 en 1995 à 203 en 2006 en moyenne, suite aux différentes augmentations. Qu’est-ce qui se passe en réalité? Pour continuer à supporter toujours le même prix unitaire, les employeurs recourent à la réduction du temps travaillé. L’informel aussi voit sa cote monter à chaque revalorisation du salaire minimum, notamment dans les secteurs à forte consommation de main d’œuvre non qualifiée: textile, bâtiment, restauration, etc. Ce réflexe du «black» est assez présent, même dans les pays développés, pour échapper au poids des charges sociales. Les entrepreneurs de ces secteurs n’hésitent pas à embaucher des étrangers dans des conditions ne respectant pas le Smig social en vigueur dans leurs pays.

Nabil TAOUFIK

 
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