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Maroc-UE: Les contours du statut avancé encore abstraits

Entretien exclusif avec Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne chargée des Relations extérieures et de la PEV
 
· Des pistes de réflexion lancées dès mars ou avril

· Le Maghreb, c’est d’abord des projets d’intérêt commun


· S’il y a Union méditerranéenne, elle doit se faire sur ce qui existe déjà


Tailleur bleu turquoise, chevelure dorée et sourire éclatant... C’est dans l’une des suites d’un grand hôtel de la capitale que la commissaire européenne chargée des Relations extérieures et de la Politique européenne de voisinage (PEV), Benita Ferrero-Waldner, s’est entretenue avec L’Economiste. Elle était en visite à Rabat du 20 au 22 janvier pour participer aux réunions du Groupe 5+5 (pays du sud de l’Europe et du Maghreb). L’Union méditerranéenne ne la séduit pas vraiment. Benita Ferrero prône la politique du phénix pour dépasser les sujets qui fâchent. Elle ne perd pas son sang froid, même lorsque les questions semblent êtres «provocatrices». C’est pour cela peut-être que les médias la surnomment la «Lionne souriante».

- L’Economiste: Quels sont les principaux points sur lesquels vos discussions avec les responsables marocains ont porté?
- Benita Ferrero-Waldner: Il y a d’abord l’idée de l’intégration régionale du Maghreb qui englobe le développement durable, l’infrastructure, les réseaux humains… Le dialogue politique et la promotion des échanges commerciaux sont aussi au cœur des débats. L’intégration exige que l’on travaille sur les échanges Sud/Sud.
- Est-ce possible de créer cette synergie sans dépasser le conflit du Sahara?
- Les différents acteurs devraient trouver une solution définitive. Il faut penser à l’exemple européen qui, il y a 60 ans, s’est construit juste après la fin de la 2e Guerre mondiale. C’est ce que j’appellerais la politique du phénix. Il est donc important de travailler de façon multilatérale. Ce qui signifie, peut-être, d’écarter pour le moment la question du Sahara. Et de se focaliser sur des questions pertinentes comme le changement climatique, la sécurité énergétique, la migration ou le terrorisme… Personne ne peut résoudre, à lui seul, ces problèmes. C’est pour cela que je souhaite que les réunions de la troïka (UE+Maghreb) soient plus régulières.

- Avant de lancer le projet européen, il y a eu tout de même un traité de paix…
- C’est clair que la volonté politique est indispensable. Mais, même si celle-ci n’est pas là, il faut se concentrer sur les domaines où il y a un intérêt commun. Le plus important est de penser à l’avenir des peuples.

- La réponse de l’UE sur le statut avancé demandé par le Maroc est prévue pour fin 2008. Quels seront les critères de son élaboration? Et en quoi ce nouveau statut sera-t-il différent par rapport à celui de la PEV?
- Le Maroc mérite qu’on aille ensemble de l’avant. Déjà un conseil d’association a proposé la création d’un groupe de travail. Il doit se réunir en mars ou avril prochain pour lancer une réflexion commune sur ce statut avancé. Après, il y aura besoin peut-être d’une ou deux réunions en plus. Elles coïncideront avec la présidence française des 27.
Le statut avancé va approfondir les relations commerciales. C’est la possibilité aussi pour le Maroc de s’associer un peu à notre politique étrangère et sécuritaire. La participation aux missions de paix en est un exemple. Rabat souhaite notamment intégrer des agences européennes (alimentaire, aérienne, sécurité…). En adoptant les mêmes standards et les mêmes normes, les possibilités d’exportation vers l’UE s’élargissent. Le marché unique compte 460 millions de consommateurs.

- Qu’en est-il de la mobilité des personnes dans ce statut? Allusion faite aux visas évidemment.
- Nous avons proposé des partenariats de mobilité. Il est nécessaire que l’accord de réadmission et de facilitation des visas soit adopté. Il y a encore des petits obstacles.
- Le paquet législatif 2006 qui vise, entre autres, à faciliter les procédures de demande de visa attend toujours l’adoption du Conseil et du Parlement européens. Vu que vous parlez d’obstacles, l’aspect sécuritaire ne parasite-t-il pas ce projet de mobilité?
- A ce stade, je ne peux pas donner de réponses précises. Nous avons en tout cas proposé ce partenariat de mobilité. Le commissaire de Justice, de Liberté et de Sécurité, Franco Frattini, s’est d’ailleurs joint à cette demande. Nous sommes tous les deux d’accord pour lutter contre l’immigration clandestine et faciliter l’immigration légale. Il faut au préalable préparer les détails avec les pays d’origine. Les candidats doivent d’abord maîtriser la langue du pays d’accueil. On doit déterminer aussi le travail auquel ils se prédestinent. Nous avons des choses à apprendre des Etats-Unis (Green card…). Américains, Canadiens et Australiens ont travaillé sur la base d’une politique ciblée.

- Cette immigration instrumentalisée, choisie, pragmatique… ne vous dérange pas?
- L’Europe a besoin d’une immigration légale. Les candidats ont besoin d’un travail digne pour s’intégrer. Ceux qui viennent chez nous doivent avoir la volonté de s’intégrer.

- Dans le cadre de la PEV, chacun de vos partenaires évolue à son rythme. Pour plus de dynamisme, certains appellent à une modularité de son application. Quel est votre point de vue?
- Nous voulons avoir une politique de rapprochement avec nos voisins du Sud et de l’Est. La PEV s’appuie sur la stabilité, la sécurité et la prospérité. Pour y parvenir, on doit soutenir financièrement les réformes de modernisation. Chaque pays a ses priorités (éducation, santé, transport…) d’où une politique différenciée. Des plans d’action, négociés avec chaque gouvernement, ont été lancés. Mais l’UE souhaite toujours un mouvement vers plus de démocratie, droits humains, efficacité… Nos instruments sont presque pareils à ceux ayant été destinés à des pays aujourd’hui membres de l’Union. Le jumelage en fait partie. C’est le cas lorsqu’il y a un partage de savoir-faire dans le domaine de la justice par exemple.

- Bruxelles a manifesté une réticence vis-à-vis du projet de l’Union méditerranéenne. La France pour sa part prévoit une réunion en juin 2008. Comptez-vous maintenir la même position, sinon vers quel sens le débat va évoluer?
- C’est une initiative française qui naturellement pourrait être acceptée s’il y a consensus. Nous ne voulons pas mettre de côté tout ce qui a été accompli jusqu’à présent. Les politiques actuelles apportent des changements. Ce sont des projets à long terme, mais qui dépendent aussi de nos partenaires du Sud. Je reste évidemment ouverte pour lancer des projets de complémentarité. Ce qui doit être construit doit se faire sur la base de ce qui existe déjà. Je suis pour une union de projets spécifiques tels que la protection civile. Rappelez-vous les feux de forêt en Grèce en juillet dernier.


Lionne souriante


- On vous a surnommée la «lionne souriante». Ces surnoms que l’on donne à des femmes politiques, Dame de fer pour l’ex- Premier ministre british Margaret Thatcher, ne symbolisent-ils pas une touche diplomatique féminine?
- Peut-être, mais chacun et chacune a sa touche. J’ai toujours été souriante, ouverte et constructive. Si je me fâche, c’est pour de bon. Je suis une femme qui lutte.
L’Autriche a été critiquée par l’UE, à tort d’ailleurs, lors de l’arrivée au pouvoir du parti populiste (et non pas d’extrême droite) de Jörg Haider. J’ai défendu mon pays et la coalition en restant sereine et souriante. C’est lors des élections présidentielles de 2004 que ce surnom m’a été donné. Les femmes peuvent, peu à peu, conquérir des postes politiques et diplomatiques. Devenir ministre des Affaires étrangères ou commissaire européenne implique un combat.

Propos recueillis par
Faiçal FAQUIHI

 
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