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«Le port de pêche doit rester purement professionnel»
Entretien avec Majid El Ghaïb, DG de l’ONP |
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Le Marocain consomme peu de poisson. A peine 12 kg en moyenne par an et par habitant. Une consommation bien en deçà de la moyenne internationale qui est de 16 kg. Un objectif facile à atteindre vu la production moyenne: 36 kg/an/habitant. Mais cela ne peut se faire en dehors d’un circuit de commercialisation, à niveau, moderne et capable de toucher le maximum de consommateurs.
- L’Economiste: Le marché de gros de Casablanca sera bientôt prêt pour la délocalisation de la 2e vente. Quel est le contexte de ce projet? - Majid El Ghaïb: Les dysfonctionnements étaient nombreux du fait de la coexistence de différents modes de vente au port de pêche. D’une part, le poisson dit de première vente débarque localement par les bateaux de pêche ou de transit. De l’autre, celui de la deuxième vente qui est acheminé par des camions en provenance de ports situés plus au sud et qui ont déjà fait l’objet d’une première vente. De ce fait, le port était constamment congestionné par les flux massifs et quotidiens de personnes et de marchandises. De plus, il est assailli chaque jour par des non-professionnels, des badauds, des ménagères, des commerçants informels…Or un espace comme celui-là doit rester purement professionnel. Les armateurs doivent pouvoir débarquer leurs produits dans un espace portuaire répondant aux normes d’hygiène et de sécurité. Comme chacune des ventes constitue un tiers en volume, l’idée de faire sortir l’une d’elles, en l’occurrence la deuxième vente, était attrayante et répond à une logique de séparation entre les marchés de la première et de la deuxième vente.
- Comment ce projet permettra-t-il d’améliorer la commercialisation? - Le projet ambitionne la création d’un réseau intégré de commercialisation construit à partir d’une halle dans l’enceinte du port, un marché de gros à l’extérieur et un réseau de marchés de détail structuré et bien réparti à travers le Grand Casablanca. Le commerce ambulant serait mis à niveau et participerait également, dans ce schéma, au rapprochement du consommateur casablancais des produits de la mer. Nous sommes partis d’une idée simple: proposer à Casablanca un espace de commercialisation professionnel. Le gain en qualité sera indéniable. L’idée était d’abord d’organiser la 1re vente en libérant le port de tous ses dysfonctionnements. La 2e idée consistait à construire un espace professionnel pour la 2e vente. Nous voulons, à partir de ce marché de gros, organiser la vente au détail qui, je le rappelle, ne fait pas partie de nos prérogatives, en accompagnant techniquement la ville dans la mise en place d’un marché de détail par arrondissement. Le marché de gros vise aussi l’amélioration de la compétitivité des entreprises exportatrices par la mise en place d’une véritable bourse à l’export des produits de la mer. Pour cela, les exportateurs bénéficieront d’infrastructures normalisées au sein de l’espace du marché de gros. Le rassemblement des exportateurs permettra également de regrouper l’offre marocaine, au-delà, renforcer son positionnement à l’échelon international.
- La multiplicité des intervenants sur la chaîne influe sur le prix du poisson. Certaines variétés sont quasiment inabordables pour le consommateur moyen… - Aujourd’hui, le Marocain ne consomme pas beaucoup de poisson. La consommation moyenne se situe à 12 kg/an. Notre objectif est d’atteindre 16 kg qui correspond à la moyenne internationale. Nous pouvons y arriver par la mise en place d’un circuit de commercialisation bien répartie, à niveau, moderne et capable de toucher le maximum de consommateurs. Autre impératif, organiser la profession de mareyeur. Il n’y a pas de statut pour cette profession. Nous avons fait une proposition, avec le département de la Pêche maritime, pour sortir une loi adéquate. Une telle réglementation permettra de limiter le nombre d’intermédiaires et de professionnaliser davantage le métier. A mon sens, associer la modernisation des circuits de distribution à une réglementation adéquate permettra de rapprocher la richesse halieutique du citoyen. L’objectif est de faire parvenir ce produit à tous les consommateurs où qu’ils soient à un rapport qualité/prix intéressant.
- Que deviendra la multitude de petits métiers qui ont essaimé au port, marchands ambulants, détaillants, gargotiers…? - Nous faisons en sorte que toutes ces franges arrivent à retrouver une partie de la richesse, mais dans un cadre professionnel. Dans ce sens, les marchands ambulants bénéficient actuellement d’une assistance technique et financière pour la modernisation de leur moyen de transport des produits de la mer. Ce qui leur permettra de multiplier par 2 voire 3 leurs revenus. Les détaillants seront, quant à eux, délocalisés dans les marchés de détail d’arrondissements. Ceux qui opèrent actuellement au port de pêche seront concernés en premier à travers une délocalisation de leur activité vers un marché de détail dans l’arrondissement de Sidi Belyout.
- Au-delà de leur équipement, est-ce que les marchands ambulants bénéficient de formation à la qualité? - Avec le lancement du projet, les marchands ambulants concernés ont surtout bénéficié d’un accompagnement technique et financier pour le choix et l’acquisition de triporteurs munis de caissons isothermes. Les projets de Casablanca et Safi représentent l’aboutissement d’une expérience entamée à Mohammédia et Agadir. Aujourd’hui, le projet a gagné en maturité. Par ailleurs, nous avons réussi à convaincre les responsables américains du programme Millenium Challenge Acount (MCA), à financer un projet d’équipement de 2.000 marchands ambulants à travers le pays. A Casablanca, il a été prévu d’équiper 300 marchands ambulants. Nous avons commencé par un lot de 200 personnes. Le reste suivra. Avec le MCA, il y aura un programme de formation qui comprend une sensibilisation des bénéficiaires à la qualité et à la manipulation de ces produits périssables ainsi qu’une formation à la tenue d’une petite comptabilité.
Propos recueillis par Khadija EL HASSANI
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