Edition électronique du 2/9/2010
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Industrie de la musique: La mort annoncée du CD
 
· Baisse de 40% des ventes mondiales

· Combattre les pirates sur leur propre terrain


· 95% des CD sur le marché contrefaits


L’INDUSTRIE de la musique dans le monde est en crise. Les majors, ne sachant plus où donner de la tête pour vendre, accusent des baisses considérables (environ 40% depuis plusieurs années). Paradoxalement, le public n’a jamais eu autant accès à la musique. C’est bel et bien là que le bât blesse, car ce sont les circuits de distribution qui ont changé. Les principaux acteurs de l’industrie du disque s’obstinent à voir dans cet outil le principal vecteur alors que les «communautés en ligne», considérées comme un vivier de clients potentiels, ont déjà des attitudes de consommations différentes. Les jeunes se sont tellement habitués aujourd’hui à télécharger de la musique gratuitement ou à graver des CD empruntés aux amis. Ceux-ci «pourraient ne jamais développer un comportement d’achat et cela pourrait nuire à l’industrie de la musique sur le long terme», prévient une récente étude du cabinet américain Jupiter Research, ciblée sur les pratiques des internautes en Europe. Qu’en est-il chez nous? Bien que ne disposant pas d’étude sectorielle, il est aisé de dire que la situation est pratiquement la même. A la différence que l’industrie de la musique au Maroc est encore à ses balbutiements. «A chaque chose malheur est bon», estime El Mehdi Benslim, patron de Clic Agency, la toute jeune agence de production musicale casablancaise. «Nous avons la chance au Maroc de ne pas avoir une industrie très lourde comme en Europe ou au Etats-Unis, nous pouvons passer directement au stade suivant sans trop de dégâts». Et le stade suivant, c’est évidemment le téléchargement payant. Les téléchargements sont monnaie courante et les jeunes ne pensent même plus qu’il y a d’autres moyens d’acquérir les morceaux de leur choix. Le parc Internet national compte quelque 480.000 abonnés quasiment tous en haut débit (98%), alors que les mordus d’Internet se comptent par millions (plus de 4 millions d’usagers à fin 2006). Les habitudes ont vite fait de changer. De toute façon, diront les internautes aguerris, il n’y a pas de circuit de distribution formel. «Même avec la meilleure volonté du monde, acheter légalement un CD au Maroc relève de la chasse au trésor. En dehors de vieilleries dans quelques magasins, il n’y a qu’à Derb Ghallef (ndlr: la fameuse «free zone» de la métropole) que je trouve mon bonheur», lance ce jeune Casablancais féru de musique urbaine. Le piratage n’épargne personne. Au point de menacer toute l’industrie du disque? Bien sûr, il y a quelques distributeurs nationaux à l’image de Platinium qui ont essayé de créer des circuits alternatifs au souk traditionnel (cf.www.leconomiste.com). Proposer de la musique à travers des structures dont ce n’est pas la vocation première, comme les agences des opérateurs téléphoniques. Le but est de faciliter l’acquisition légale du CD. Les prix de commercialisation des produits musicaux dans les agences de Maroc Telecom par exemple sont particulièrement attractifs: des singles à partir de 39 DH pour les artistes locaux et de 49 DH pour ceux commercialisés par Universal. Soit 30% moins cher que leur prix de commercialisation en France. Les produits nouveaux, qui sortent en France entre 18 et 22 euros (entre 200 et 250 DH) sont commercialisés au Maroc aux alentours de 150 DH. Pour Benslim: «le temps que les grands distributeurs, comme Fnac, s’installent, il sera trop tard, l’industrie du disque aura cessé d’exister».

· Tout espoir n’est pas perdu


Pour l’heure, le CD domine encore le marché, et de surcroît le CD piraté. Selon le chanteur compositeur Malek, «le CD piraté est passé au stade d’institution au Maroc». Le chanteur attribue même un taux de domination des produits contrefaits de 95% du marché.
Se transformer ou périr, tel est donc le choix devant lequel se trouvent les revendeurs de biens culturels. Et cela semble être la devise de Benslim. «Il ne faut pas oublier que l’industrie de la musique c’est bien sûr le disque, mais c’est aussi plusieurs filières: concerts, sponsoring, merchandising et édition musicale -ndlr: droits d’auteurs-» L’agence se veut une entité globale gérant tous ces métiers». Il ne faut pas passer son temps à se plaindre à cause du piratage, mais plutôt réagir», ajoute-t-il. Tout espoir n’est donc pas perdu. Le lancement du site «Itoub Music» par l’agence cet été le confirme. Le modèle économique est simple, basé sur la mise à disposition de musique gratuite pour le consommateur. Le deal est que celui-ci passe par un intermède publicitaire avant d’y avoir accès. L’exposition au message publicitaire est soit classique (bannière, message visuel…) ou alors intégrée dans le morceau. L’internaute a aussi la possibilité de faire un téléchargement payant, sans publicité, via un système de sms, mais cette option ne marche pas beaucoup, avoue Benslim. Le modèle s’inspire d’expériences réussies aux USA. «Les personnes qui téléchargent de la musique ne sont pas toutes des pirates, beaucoup sont disposées à payer», insiste-il. A fortiori, quand c’est l’annonceur qui le fait à la place du consommateur.

· Télécharger légalement, c’est possible


Le site compte à ce jour plus de 35.000 membres et a déjà procédé à plus de 150.000 téléchargements. La plateforme propose plus de 150 titres, que l’agence espère étoffer, avec une prédominance pour la nouvelle scène musicale marocaine. Autre manière de contrer le piratage, le battre sur son propre terrain. «Avec des produits proposés entre 15 et 20 DH, le prix n’est plus un argument en faveur du piratage», indique de son côté Malek, qui préconise même de reconvertir les pirates professionnels en opérateurs formels. «Il ne faut pas être exclusivement répressif, on pourrait envisager des collaborations entre les pirates et les opérateurs formels. Les premiers apportant une connaissance du marché et les seconds offrant la sécurité et la légalité», précise-t-il, Clic Agency, pour sa part, a installé des points de vente dans les fiefs même du milieu du piratage avec des prix alignés. On oubliera donc les packagings de luxe et les frais de promotion. Le disque est vendu à 8 DH en prix de gros, mais les marges sont très faibles et l’activité très peu lucrative. Reste évidemment les concerts. La multiplication des festivals est une aubaine pour les artistes, surtout pour les plus jeunes qui végétaient dans un certain underground pas toujours rémunérateur. «Avant, les prestations sur scène et l’industrie du disque étaient complémentaires. Les concerts boostaient les ventes des disques, alors que maintenant ce sont les téléchargements qui explosent», note le patron. La start-up tracera-t-elle la voie?


200 milliards écoulés


· Premier coup de vieux en 1990


COMBIEN de temps lui reste-il encore à vivre? Inventé il y a un quart de siècle par Philips et Sony, le compact disc «CD» risque de rejoindre cassettes vidéo, audio et autres disquettes, objets désuets du millénaire passé. Lecteurs MP3 et autre Ipod offrent désormais plusieurs dizaines d’heures d’enregistrement. Confronté à la dématérialisation de la musique, beaucoup d’opérateurs prédisent déjà la fin du support. Même son usage pour le stockage et le transport de data est mis à mal par l’invention de la clé USB, plus discrète et offrant des capacités largement supérieures. Pourtant, tout avait bien commencé il y a près d’un quart de siècle. En 1979, les multinationales mettent au point la lecture laser. Les deux fabricants vont fixer ensemble les caractéristiques de ce nouveau médium numérique. Le CD est né, le 17 août 1982, dans les usines de Philips, en Allemagne. Un diamètre de 12 centimètres et une durée d’écoute de 74 minutes. Exactement la durée de la 9e Symphonie de Beethoven qui, dirigée par Herbert Von Karajan, composait la partition la plus longue du catalogue de Polygram. Mais sa commercialisation ne se fera véritablement qu’en 1983, avec un catalogue de 1.000 titres. Les consommateurs l’adoptent massivement, au détriment des disques vinyles. Au total, plus de 200 milliards d’exemplaires se seront vendus à travers le monde. Au milieu des années 1990, le CD prend un premier coup de vieux avec la sortie du DVD, capable de stoker un film entier avec une excellente qualité. Avec ses versions enregistrables (CD-R, CD-RW), il reste cependant un support de choix pour l’enregistrement personnel. Il faut dire que les utilisateurs ont découvert le format MP3 et la facilité de copier les disques commerciaux à partir de leur ordinateur. C’est l’arrivée du «peer to peer» (téléchargements interpersonnels par Internet) qui met à mal le CD. Ce dernier restera tout de même dans l’histoire l’un des plus beaux succès de l’industrie électronique.

Amine BOUSHABA

 
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