| Les dépêches
mises à jour régulièrement |
| |
| Consultez les archives stockées
depuis 1991 |
| |
| Participez aux forums de
L'Economiste |
| |
|
  | | |
| Sahara, les témoignages des experts |
| |
La délégation marocaine à l’ONU sur la question du Sahara (leconomiste.com) était accompagnée de trois experts européens, spécialistes de l’histoire et de la sécurité de ce territoire: le Pr. Bernabé Lopez Garcia, le Pr. Aymeric Chauprade (que les lecteurs de L’Economiste connaissent pour ses chroniques de stratégie) et l’ancien député européen, actuel président de la région Toscane en Italie, Paolo Bartolozzi. Voici les extraits les plus significatifs de leurs conférences respectives, données le 9 octobre dernier, devant la commission ad hoc.
■ Lopez Garcia: les occasions manquées L’histoire du Sahara est l’histoire d’une accumulation d’occasions manquées. Première occasion perdue: le gouvernement espagnol lors de l’Indépendance du Maroc, ne répond pas au Département d’Etat américain pour décoloniser tous les territoires que l’Espagne occupait dans le Nord de l’Afrique (…) Pendant des années, la stratégie du régime franquiste a consisté à éloigner le plus possible les Sahraouis du contact avec le Maroc. On a travaillé avec les élites du Sahara pour les éloigner de tout projet commun avec leurs voisins, voir même les brouiller, en fomentant l’idée d’un territoire a part, à personnalité propre, sans aucun lien avec leur entourage. Occasion manquée, au début des années 70, avec un groupe de jeunes Sahraouis venus de Rabat pour présenter “leurs revendications et souligner qu’ils veulent rester dans l’orbite marocaine pour peu qu’on les aide à libérer leur pays du joug espagnol”. Ils furent arrêtés à la frontière et créèrent peu après le Polisario. (…)
Maghreb des régions
Les tentatives de médiation du représentant du Secrétaire Général de l’ONU, James Baker, ont aussi été des occasions perdues. L’accord-cadre de 2001 fut refusé par le Polisario de peur de voir l’exécutif autonomique provisoire sahraoui qui en découlerait, devenir l’otage de la puissance administrative, le Maroc. Occasion perdue, parce qu’en “jouant cette partie, le Polisario pouvait faire un pas décisif, non seulement vers la réconciliation de tous les Sahraouis, mais aussi pour jeter les bases de la construction d’un Maghreb des régions (…) Les conversations initiées à Manhasset peuvent montrer qu’on peut venir à bout des occasions manquées, que c’est à travers la négociation que l’on peut arriver à un consensus qui, certes, aura des coûts de chaque côté, qui exigera un courage politique pour faire face aux critiques depuis les arrière-gardes de chacun, mais qui pourra conclure dans la retrouvaille, la paix et une vie en démocratie. Les Marocains ne veulent pas céder dans leur souveraineté sur le Sahara, convaincus de l’existence de liens étroits entre Sahraouis et Marocains (…). Mais les Sahraouis exigent une reconnaissance que 30 années de séparation, d’exil et de souffrances n’ont pas été vaines (…) L’autonomie négociée pourrait être une issue sans vainqueurs ni vaincus (…). Le projet que le Maroc a lancé en avril dernier, parle d’autonomie, d’amnistie, de révision constitutionnelle, et même d’élection du président d’une future autonomie sahraouie pour une assemblée parlementaire élue, aux larges compétences, qui naturellement sont à négocier, si toutefois c’est la voie que finalement suivent les deux parties confrontées (…). Le Polisario doit savoir, pour sa part, qu’une solution comme celle que le Maroc propose, confirme que sa lutte a valu la peine. (…) Il est vrai que l’autonomie n’a de sens que dans un système vraiment démocratique et le Maroc, aujourd’hui, ne l’est pas encore pleinement. Les élections du 7 septembre dernier ont montré que si l’Etat est disposé à donner la voix au peuple, celui-ci montre encore des réticences à jouer un jeu.
■ Chauprade: Attention à «l’Etat Polisario» Mes interventions des deux années précédentes avaient porté sur les dernières recherches historiques prouvant la marocanité du Sahara occidental. En inscrivant mes réflexions dans la longue durée de l’Histoire, j’avais souligné combien l’affaire est restée prisonnière d’un conflit fabriqué de toutes pièces par la Guerre froide. La souveraineté du Maroc ne lui a, faut-il le rappeler, jamais été contestée durant des siècles, sauf durant la parenthèse de la colonisation espagnole bien sûr ; celui-ci a proposé, le 11 avril de cette année 2007, de consolider la légitimité de sa souveraineté en consultant la population de sa province. Il ne faudrait pas se tromper sur le sens de cette proposition. Elle n’est pas une idée trouvée à la hâte pour faire preuve de bonne volonté ; elle est le résultat d’années d’efforts de développement de son Sud, de la confiance qui y est maintenant établie, les progrès réalisés ayant eu raison des fausses idées. Rabat a décidé de donner aux Sahraouis, par voie référendaire, le contrôle de leurs affaires, grâce à des institutions législatives, exécutives et judiciaires. Ce n’est pas une concession au Polisario, mais un progrès voulu pour les Sahraouis, pour leur permettre de trouver le juste équilibre entre leur marocanité et leur particularisme identitaire […]. Nous sommes-nous bien demandés ce que serait un Etat Polisario? Eh bien, il suffit d’imaginer les camps de Tindouf en plus grand, un gigantesque Etat policier, contrôlé par une junte qui n’a jamais connu le moindre début de démocratisation, qui n’a jamais cessé de se régénérer par des purges violentes, et qui tient les populations, depuis ses origines en pleine Guerre froide, sous un joug implacable, et selon des mécanismes assimilables à de nombreuses sectes (la négation de l’autonomie de la cellule familiale, par exemple). Le projet du Polisario, c’est le pouvoir donné à une junte dictatoriale et corrompue, vivant de tous les trafics sahariens possibles, pouvoir de dominer en toute impunité sa population.
Dimension criminelle
Les séparatismes nomades, qu’ils soient ceux du Polisario, ou ceux des Touaregs, menacent l’unité des Etats sédentaires. Il n’aura échappé à personne que cette année, les vieux démons du séparatisme touareg ont resurgi au Mali et au Niger. Je dis aux Etats de la frange saharienne: réfléchissez bien aux conséquences si un petit Etat sahraoui venait à surgir dans la région. Aujourd’hui, l’islamisme s’est niché dans le Sahara; au travers de multiples mouvements qui se rattachent tous au djihad international et partagent une haine commune contre tous les gouvernements du Maghreb. Comment ces islamistes survivent-ils et étendent-ils leur emprise? Grâce aux trafics en tous genre pratiqués dans le Sahara; migration clandestine, armes, drogue, traite humaine, essence, cigarettes… Qui contrôle depuis toujours ces trafics sahariens? Le Polisario n’échappe pas à cette dimension criminelle, et même à la contamination islamiste. Je ne développerai pas ce point puisque je l’avais largement évoqué l’année dernière. Mais j’espère simplement qu’un jour les Nations unies chercheront à percer la véritable nature du Polisario. L’établissement de petits Etats sahraouis et touaregs dans le Sahara signifierait un véritable triomphe du crime organisé et, par voie de conséquence, de l’islamisme radical […].
■ Bartolozzi: Souffrances et désordres
La primauté de l’initiative marocaine par rapport aux autres propositions réside dans le fait que le Polisario est resté campé dans ses positions des années 1970, alors que le Maroc a apporté du nouveau en renonçant à l’intégration totale du Sahara à travers une autonomie sous souveraineté marocaine et préservant l’intégrité territoriale du Royaume […] Il est à noter que l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, M. Peter Van Walsum a déclaré le 21 avril 2007 que: « l’autodétermination du Sahara ne doit pas conduire nécessairement à l’indépendance… Il y a des instances où un peuple a opté pour une forme différente et toutes les résolutions de l’Assemblée générale prennent cette éventualité en considération».
Dommages collatéraux du conflit
Dans ce sens, la voie de la sagesse interpelle toutes les parties impliquées et intéressées par le conflit du Sahara pour faire preuve de sens de responsabilité et de clairvoyance. Cette voie passe inévitablement par une solution médiane où tout le monde peut se retrouver. La conjoncture actuelle se prête plus que jamais pour concrétiser la volonté des peuples de la région à l’union, la stabilité, la sécurité et le développement économique et social […] Je suis convaincu que les peuples de la région et particulièrement les Sahraouis des camps de Tindouf sont optimistes quant à une issue positive de ce processus de négociations et attendent une solution pacifique, juste et définitive qui leur garantisse la dignité, le respect et le retour à leur pays, le Maroc. La recherche rapide et définitive d’une solution au conflit du Sahara mérite une attention particulière, vu les dommages collatéraux qu’elle engendre. Les Sahraouis des camps de Tindouf au Sud de l’Algérie survivent dans des conditions inhumaines. Ils sont frustrés, démoralisés par plus de 32 années d’attentisme et d’immobilisme et sont susceptibles de verser dans n’importe quel réseau pour assouvir leurs besoins et fuir le calvaire des camps.
Migrations clandestines
Cette réalité amère, qui constitue une menace pour la stabilité et la sécurité de la région méditerranéenne, nous interpelle tous à lutter contre ce phénomène transnational et à combattre les causes qui sont à l’origine du terrorisme dans la zone subsaharienne. Les migrants clandestins sont acheminés par des réseaux jusqu’aux frontières du Maroc. Ces réseaux trouvent dans le Sahara un refuge pour leur commerce illicite d’humains. Tout le monde est au courant du drame des milliers de candidats à l’émigration clandestine qui périssent quotidiennement lors de la traversée de l’océan vers les îles Canaries ou vers la rive nord de la méditerranée. Pour mettre fin à cette situation, notre appel est adressé à la communauté internationale pour inciter les parties à s’impliquer davantage lors des prochains rounds des négociations pour une application rapide de l’autonomie et pour délivrer les populations des camps de Tindouf de cette situation pénible et pour permettre la stabilité et le développement aux pays de la région.
Synthèse L’Economiste
|
| |
  | | |
 |
 |
© 2001 L'économiste - Réalisation : Lnet Multimedia
|

|