· Deux autres projets: Loi sur le droit d’accès à l’information et le Conseil national de la presse
"IL n’ y a plus de sujets tabous au Maroc", tranche de prime abord Nabil Benabdallah, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Et la liberté de ton qu’adoptent de nos jours les nouvelles stations radio est éloquente à cet égard. C’est dire le progrès réalisé dans le domaine de la liberté d’expression. Pour s’en convaincre, Benabdallah renvoie aux divers thèmes traités par les médias qui englobent tous les concepts et institutions représentant les grandes valeurs de la nation. Seulement, nuance le porte-parole du gouvernement, il y a un binôme à respecter. «Il tient à la liberté/responsabilité».Même si les lignes de démarcation restent vaguement tracées, «quelques journaux, et pas des moindres, parviennent à concilier avec bonheur devoir d’informer et respect dû à la déontologie professionnelle », constate Benabdallah. Certes, reconnaît le ministre, «la presse écrite traverse une phase de réglage». Mais, cela ne l’absout pas de l’observation des règles déontologiques, au risque de heurter les sensibilités de la société civile, voire populaire tout court. Au-delà, il s’agit d’un deal qui ne peut trouver son affirmation que dans l’adaptation de la législation au contexte d’évolution démocratique en cours. «Bien que le code de la presse actuellement en vigueur ne soit pas le pire qui puisse exister, sa refonte s’avère à la fois urgente et nécessaire», admet le ministre. C’est tout particulièrement l’objet du projet élaboré par le département de la Communication, malheureusement renvoyé aux calendes grecques. Les raisons ? On n’en saura pas d’avantage que les réticences inter-ministèrielles qui se manifestent à l’occasion de chaque réforme. Surtout que le projet s’annonce révolutionnaire selon son promoteur. A commencer par son volet relatif aux peines privatives de liberté. Le projet de texte n’en prévoit que quatre cas, au lieu de neuf, où la peine d’emprisonnement peut sévir. Mais la durée a été revue sensiblement à la baisse. De même que le texte fait une large place au pouvoir discrétionnaire du juge. Quoi qu’il en soit, souligne le ministre, le projet existe. Et tôt ou tard, il sera adopté. Plus encore, une loi spécifique couplée à la mise en place d’une instance d’arbitrage, à l’instar d’autres pays, a été proposée. La loi vise à réglementer le droit d’accès à l’information tout en définissant clairement les limites possibles entre le domaine «du publiable et du non publiable». Pareil texte est en vigueur dans des pays où la démocratie est ancrée voici plusieurs siècles, comme la Grande-Bretagne, la Suisse ou l’Allemagne. L’autre proposition tient en la mise en place d’un Conseil national de la presse. Il s’agit d’une sorte de commission permanente d’arbitrage où tous les problèmes seront réglés entre les professionnels et les autres parties en litige. Ce genre d’instance fonctionne au Canada et ses décisions sont sans appel. Il est composé des sociétés d’édition, des journalistes et des représentants de la société civile. C’est une formule éminemment civilisée. Car garante et de la liberté d’expression et de la responsabilité des hommes de la presse.
"La presse est libre, écoutez la radio"
«Au Maroc, la presse est libre». Plus qu’un slogan, c’est une conviction que ne cesse de répéter Nabil Benabdallah, ministre de la Communication. Il prend à témoin les journalistes présents autour de la table: «Avez-vous déjà été dérangés dans l’exercice de votre métier?». Le message qu’il cherchait à faire passer est que lorsque l’on fait son travail professionnellement, on force le respect. Mais, il a un autre atout dans sa manche: les radios. «On ne le souligne pas assez, mais c’est un phénomène dont le Maroc ne peut que s’enorgueillir: la liberté du ton dans les radios». Les radios de la nouvelle vague affichent une impressionnante aisance à être à l’image de leurs cibles. Et ça marche. Le ministre fait remarquer qu’elles ont toutes su s’imposer et relever le défi de l’équilibre financier. La radio a visiblement des leçons à donner à la presse écrite.
Radios: Etape II pour 2008
UNE deuxième vague de radio est prévue pour 2008. Le ministre confirme le projet. «Ce n’est pas trop tôt pour le lancer. Si nous avions cédé aux voix qui doutaient de la pertinence de l’ouverture du champ audiovisuel, nous n’aurions jamais savouré le succès que nous vivons aujourd’hui». Parmi les réticences, Nabil Benabdallah cite l’insuffisance de la taille du marché publicitaire pour soutenir le développement des stations. Aujourd’hui, celles-ci se portent bien. Côté télévision, le ministre de la Communication affirme que les projets présentés étaient difficilement soutenables, notamment d’un point de vue financier. «Une télé, cela coûte beaucoup plus cher à mettre en place qu’une radio», rappelle-t-il. Mais, comme pour le tourisme ou le cinéma, la destination Maroc séduit aussi les multinationales des médias. Nabil Benabdallah annonce que de grands groupes internationaux ont manifesté leur intérêt pour le marché marocain. Affaire à suivre.
"Nichane: "Dssarate" n’a pas sa place"
LES rapports entre l’Etat et la presse ne sont pas toujours au beau fixe. Une évidence que ne manque pas de rappeler Nabil Benabdallah, ministre de la Communication. La responsabilité est partagée: le premier a encore des réticences quant au rapport qu’il doit avoir avec la presse. Cette dernière, de son côté, fait preuve d’une certaine «incompréhension» de ce qu’est la liberté de la presse. «Admettre «dssarate», qui ne peut l’équivalent de l’impertinence, est indigne de la presse nationale. Ce n’est pas à l’image de ce qu’est le Maroc d’aujourd’hui et c’est un grand retour en arrière». L’allusion est faite à l’éditorial du dernier numéro saisi de Nichane. «Aucun sujet tabou à condition d’y mettre la forme décente requise», martèle le ministre.Toutefois, une limite se dessine quand il s’agit d’informations stratégiques pour le pays. «Parfois, on est surpris de trouver dans la presse des informations émanant d’enquêtes qui sont en cours, sur le terrorisme par exemple. Publier ce type d’informations perturbe gravement leur évolution. Mais, plus grave, elles peuvent alerter des terroristes en fuite. Ne pensez-vous pas que le journaliste doit être concerné par la sécurité du pays?». Nabil Benabdallah ne s’exprime pas sur les peines prononcées dans l’affaire Al Watan. Il a ainsi évité de répondre à la question de savoir pourquoi les journalistes n’ont pas été jugés selon le code de la presse. «Ce procès se devait d’être exemplaire pour assainir la relation entre la presse et le pouvoir. Les journaux ne doivent pas servir de supports de règlement de compte entre des clans rivaux. L’image d’une presse instrumentalisée, infiltrée par les services secrets et parfois achetée, doit disparaître». Il est donc plus que jamais urgent de repenser les rapports que doivent avoir l’Etat et la presse. Sortir une loi sur l’accès à l’information serait un début salutaire.
Abdelaziz GHOUIBI et Nabil Taoufik
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