· Le conflit risque de s’éterniser
· L’Algérie veut un couloir sur l’Atlantique
UNE date à retenir: le 30 avril 2007. Elle marque un tournant décisif dans la prospection des voies pouvant mener à une solution du conflit du Sahara. En effet, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté ce jour-là la résolution 1754 appelant les parties à des négociations pour parvenir à une solution politique définitive à ce conflit. Dès aujourd’hui, lundi 18 juin, le Maroc et le Polisario doivent entamer, deux jours durant, des négociations directes sur la question. Soit donc à peine six semaines après la décision du Conseil qui a ainsi définitivement enterré le Plan Baker. En plus de 30 ans de conflit, c’est la première fois qu’une «sérieuse et intéressante» plateforme est proposée pour des négociations. Déjà le fait que les parties en conflit acceptent de s’asseoir autour de la même table est en soi un pas important vers le règlement de la question. Certes, cela ne se fera pas du jour au lendemain, tout le monde en est conscient. Mais, du moins le contact aura été établi et les deux parties ont choisi de saisir cette opportunité pour engager le dialogue. Mais, pour mieux comprendre le problème, il faut remonter le temps et plonger loin dans l’histoire. Selon de nombreux historiens, la question du Sahara avait, en quelque sorte, débuté, il y a plus de deux siècles lorsque l’Espagne a commencé dès 1884 à installer sur la côte saharienne des comptoirs avant de mettre la même année tout le territoire sous son protectorat. La prise de contrôle fut confirmée par la conférence de Berlin de 1884-1885. Les frontières n’étaient pas clairement définies, jusqu’au traité entre la France et l’Espagne, datant du début du XXe siècle. Les tribus locales luttèrent contre la puissance coloniale avec l’aide du Maroc. Cet appui du Maroc ne cessa que lorsque le pays fut soumis au protectorat français en 1912. Le territoire ainsi colonisé par les Espagnols comportait trois zones distinctes: au nord, l’enclave d’Ifni et la région de Tarfaya; au centre, Saguia Al-Hamra et au sud, le Rio de Oro. Dès son indépendance, le Maroc a alors engagé un processus réclamant la restitution de ses territoires sahariens. Rabat revendique en premier la zone d’Ifni et de Tarfaya. A la suite de longues négociations bilatérales, l’Espagne restitue au Maroc, en avril 1958, d’abord la région de Tarfaya. Ifni ne sera, quant à elle, récupérée que 11 années plus tard (janvier 1969). Restaient donc Saguia Al-Hamra et le Rio de Oro. L’Espagne en refuse la restitution au Maroc et opte pour «une politique d’autodétermination» pour ces deux territoires. En 1969, Madrid fait un premier pas dans ce sens et leur concède une large autonomie contrairement aux recommandations de l’Assemblée générale des Nations-Unies. Celle-ci avait «invité» l’Espagne par plusieurs résolutions à «organiser un référendum d’autodétermination après consultation des deux Etats voisins, le Maroc et la Mauritanie».
· L’Espagne voulait organiser un référendum
Pour remonter encore dans l’histoire, il faut savoir que cette région était déjà gouvernée, selon les historiens, par la dynastie des Almoravides dès 1042. Cela fait donc plus de dix siècles. Le territoire était habité par des tribus nomades isolées certes, mais de nombreux écrits attestent de la présence marocaine dans ces territoires. Comme l’attestent également les échanges commerciaux monnayés en dirham marocain. En d’autres termes, cela veut dire qu’avant la colonisation espagnole, il y avait bel et bien des liens d’allégeance entre le Sultan du Maroc et les tribus vivant sur le territoire du Sahara. La Cour internationale de Justice avait, de son côté, conforté le Maroc dans sa revendication en reconnaissant l’existence de ces liens. Dès 1965, l’Onu poussa l’Espagne à décoloniser le territoire et d’engager dans ce but des consultations avec le Maroc, en association avec l’enclave d’Ifni. Mais l’Algérie était alors en conflit ouvert avec le Maroc au sujet du tracé des frontières communes. De plus, le Maroc et la Mauritanie avaient, en ce moment aussi, des revendications territoriales opposées sur ce territoire. De ce fait, les trois voisins du Sahara occidental ne parvinrent pas à créer un front commun face à l’Espagne qui perpétua ainsi sa colonisation. Dès le règlement du conflit algéro-marocain et la conclusion d’un accord entre Rabat et Nouackchott, on a pu assister à la naissance d’un front anti-espagnol. C’était là le début d’une coopération anti-colonialiste entre les trois pays, mais qui, malheureusement, n’allait pas durer longtemps. Depuis, le Sahara est devenu un enjeu stratégique majeur que l’Algérie essaie par tous les moyens de tourner à son avantage par Polisario interposé. Tout le monde s’accorde à reconnaître qu’Alger cherche une ouverture sur l’océan Atlantique. Ceci dans le but de pouvoir exploiter et exporter les produits miniers de Tindouf.
Accords
L'Avis consultatif de la Cour internationale de Justice, rendu en 1975, a confirmé l’existence de liens historiques du Sahara avec le Maroc. Après ce verdict, feu Hassan II décida l’organisation de la Marche Verte (6 novembre 1975) pour marquer la souveraineté marocaine sur ce territoire. Ceci amena l’Espagne à signer les accords de Madrid avec le Maroc et la Mauritanie, le 14 novembre 1975, pour officialiser le partage du territoire. Le Maroc obtenait les deux tiers nord, et la Mauritanie le tiers sud. Cette partie sera récupérée par le Maroc en 1979 à la suite du retrait de la Mauritanie.
Présence onusienne
DANS les années 80, le Maroc a commencé à ériger les murs de défense pour protéger les territoires du sud-est des attaques et incursions du Polisario. Une guerre d’embuscades s’était en effet déclenchée entre les deux parties. Elle prend fin en 1991 suite à un cessez-le-feu favorisé par la médiation de l’Organisation des Nations-Unies. Depuis, le Maroc a fini de sécuriser tout le territoire. De part et d’autre, de l’aveu même de l’Onu, on veille au respect de ce cessez-le-feu. Sous l’œil «vigilant», dit-on, de la Minurso.
Jamal Eddine HERRADI
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