· Trois terroristes tués dont deux kamikazes
· 15 autres toujours en cavale
· Un policier mort et un autre blessé LA nébuleuse terroriste ne cesse de grossir et de faire parler d’elle. Même après les coups de filets du 11 mars, la menace est encore là, avaient averti les sécuritaires. Ainsi, à un mois de l’explosion du kamikaze Abdelfatah Raydi dans un cybercafé de Sidi Moumen, les services de sécurité ont déjoué d’autres attentats hier mardi. Depuis quelques jours déjà, les agents de la Direction de surveillance du territoire (DST) et ceux de la Police judiciaire (PJ) pistaient les trois suspects. «C’est l’un des prévenus, arrêté après l’explosion du 11 mars dernier qui a donné les noms et le quartier où habitaient les trois suspects», confie une source policière. Dés lundi 9 avril à 10h du matin, les services de sécurité se déploient discrètement à Hay El Farah. «Nous ne savions pas si les suspects détenaient des explosifs ou pas», poursuit cette source. La veillée se prolongera jusqu’à l’appel à la première prière (Sobh) du mardi 10 avril (vers 4h du matin). Les services passent alors à l’action. «Nous voulions profiter de la nuit pour essayer de surprendre les suspects». Une dizaine de voitures débarquent de l’avenue Bouchaib Doukkali, principale artère du quartier El Farah. Les barrages sont installés autour du pâté de maisons qui entourent celle où sont domiciliés les suspects. «Les personnes qui se dirigeaient vers la mosquée pour la prière ont reçu les ordres de revenir sur leur pas. Mais ceux qui habitaient juste à côté de la mosquée Abbassi (qui se trouve au centre du quartier barricadé, ndlr) sont quand même aller prier», raconte Abdellah, un riverain.
Arrivés à la maison où résident les suspects (qui se trouve en face de la mosquée Abasssi où se tenait la prière), les services de sécurité tentent une incursion. Alertés, les Kamikazes décident de prendre la fuite. Le premier sort en courant de la maison en brandissant un long couteau. Après les sommations d’usage, la police tire et blesse grièvement le suspect qui prenait la fuite. «Ils l’ont tout de suite mis dans une voiture banalisée et l’ont emporté à l’hôpital», raconte un témoin de la scène. Identifié sous le nom de Mohamed Mentala, le premier suspect meurt sur le chemin de l’hôpital Bouafi. Les deux autres Kamikazes préfèrent se diriger vers la terrasse de l’immeuble pour s’enfuir. Les services de sécurité entrent alors dans une course-poursuite qui se terminera par une grande déflagration. Voyant les policiers s’approcher, l’un des deux Kamikazes menace de se faire exploser à l’aide de son ceinturon. Les policiers reculent et essayent de négocier. Entre temps, le troisième kamikaze prend la fuite en passant par les terrasses des maisons mitoyennes. Pris de panique, le deuxième Kamikaze tire sur son ceinturon et explose. «Nous avons entendu une forte déflagration qui a occasionné une coupure d’électricité dans les alentours de la maison où résidaient les kamikazes», témoigne un riverain. La déflagration était tellement forte que les carreaux des fenêtres des maisons contiguës avaient volé en éclat. Les débris de chaire et traces de sang étaient encore visibles hier matin sur les façades des maisons mitoyennes en face de la Mosquée El Abbassi . Un lieu réputé par ses prêches virulents dans les années 90. Non loin, une association d’apprentissage et de mémorisation du coran. «Le quartier compte de nombreux islamistes, des barbus, mais ils sont inoffensifs. Certains d’entre eux, des salafistes de la Rue 48, se sont fait arrêter récemment en Egypte», confie un jeune du quartier. Dans tous les cas, une logistique lourde et un dispositif spectaculaire ont été déployés très tôt hier matin: Barricades, rubans jaunes, haut-parleur, police scientifique en combinaison blanche, gendarmerie et maîtres chiens, sapeurs pompiers, forces auxiliaires en plus de policiers en civil sous les instructions du préfet de Casablanca. Le quartier était complètement quadrillé. Dès 9 heures du matin, la police scientifique commençait à sortir, d’une maison rose n°33, des cartons immaculés de sang avec des morceaux du corps déchiqueté, des pots en plastique avec des balles tirées de pistolets, des sachets pleins de poudre blanche. Selon les premières informations recueillies sur place, le kamikaze qui a explosé serait Ayoub Raydi, le frère d’Abdelfatah qui s’est fait exploser le 11 mars dernier dans un cybercafé de Sidi Moumen. Cette information n’a été ni infirmée ni confirmée par les services de sécurité qui affirment que l’identification du corps déchiqueté est toujours en cours. Les trois suspects ne sont pas originaires du quartier Al Farah. «Ils avaient loué une chambre depuis une vingtaine de jours. On ne les voyaient pas souvent dans le quartier», fait remarquer un voisin. Ils ont utilisé la technique des «guerres asymétriques» en se noyant dans des quartiers populaires et à forte agglomération. Selon lui, une femme d’un certain âge rendaient visite aux trois suspects, «certains disent qu’elle est originaire de Béni Mellal», ajoute-il. Une situation qui rappelle étrangement la chambre du quartier Moulay Rachid où ont été retrouvés plusieurs kilos de matières explosifs, le 14 mars dernier. A l’heure où nous mettions sous presse, le troisième terroriste était encore en fuite. Un quatrième, «pas prévu au programme», s’est fait exploser en plein jour à Hay El Farah, entraînant la mort d’un policier et blessant un autre. Hier en fin d’après-midi, le quartier avait des airs d’un véritable état de siège. De sources policières, il y aurait au moins 15 kamikazes activement recherchés. Le deuxième terroriste qui s’est fait explosé répond au nom de Mohamed Rachidi, alias «Salah», alias «Mustapha». Agé de 37 ans, il faisait partie d’une cellule terroriste impliquée entre autre dans le meurtre en 2003 d’un gendarme à Casablanca.
Recherché depuis 1 mois
Mohamed Mentala, alias Warda, le suspect tué par balles hier 10 avril était activement recherché par les services de sécurité depuis un mois. «Mentala était recherché depuis l’explosion du 11 mars dernier au quartier Sidi Moumen. Selon nos informations, il était dangereux et s’apprêtait certainement à perpétrer des attentats avec ses complices», confie une source judiciaire. La trentaine, Mentala est né à Casablanca et se rendait fréquemment à Sidi Moumen, là où habitaient Abdelafatah Raydi, le Kamikaze dont le corps à été déchiqueté par l’explosion survenue du 11 mars dans un cybercafé.
Mise en scène…
Zone interdite, hélico, rubans jaunes, hauts parleurs, police scientifique, barrières, scène du crime, presse étrangère, TV, radios, presse écrite, photographes…tous les ingrédients d’une mise en scène étaient réunis ce mardi matin à Hay El Farah, à l’instar des films policiers américains. La zone était ceinturée par les forces de l’ordre et des policiers en civil. L’accès y était interdit. Même la presse n’avait pas le droit d’accéder devant le lieu de résidence des présumés terroristes. Certains photographes ont même vu leur appareil confisquer. Juste après, des instructions ont été données: La police réunit des journalistes et caméramans de chaînes étrangères. L’adjoint du préfet de police, Abdellatif Mouaddib, fait une déclaration à la presse.
Naoufal BELGHAZI & Amin RBOUB
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