"Le plus intelligent est celui qui ne sait pas", disait le philosophe grec Socrate. Ceci est particulièrement vrai lorsqu’on parle d’intelligence économique. «En être conscient, c’est déjà un grand pas», explique Alain juillet dans cet entretien. Au Maroc, ce concept commence à faire doucement son chemin. «Mais les mentalités peinent encore à l’assimiler», souligne Imane Wahdani, étudiante-chercheuse à la faculté de science économique de Mohammédia. L’association marocaine d’intelligence économique (AMIE) organise d’ailleurs, les 22 et 23 mars à Casablanca (Twin Center) un séminaire sur «l’intelligence territoriale» pour vulgariser cette notion.
· L’Economiste: Votre structure existe depuis 4 ans. Quel est le bilan? - Alain Juillet: Nous sommes passés du stade de l’idée à la pratique. Le socle est prêt. Je fais allusion à la formation, à l’organisation et au cadre légal. Actuellement, nous entamons une nouvelle phase. Il s’agit de convaincre les entreprises, particulièrement les PME, de pratiquer, de s’approprier l’intelligence économique (IE).
· Une tâche difficile. Le même problème se pose également au Maroc, où l’lE en est à ses balbutiements. De plus, le partage de l’information engendre un risque stratégique. Comment expliquez-vous la résistance des entreprises? - Les PME, en particulier, manquent de visibilité à ce sujet. Elles ne croient en l’IE que lorsque leurs concurrents y font recours. Et à condition qu’il y ait des résultats. Les sensibiliser devient encore plus difficile lorsque leur environnement ne contient pas de société qui pratique l’IE. Dans le bassin méditerranéen, nous avons une culture qui n’encourage pas l’échange. Cette réalité s’impose surtout dans le monde des affaires. Chacun garde l’information pour soi. Sa rétention a un coût économique.
· N’est-il pas encore plus problématique de partager les informations économiques entre deux pays, notamment la France et le Maroc? - Je pense qu’en matière d’IE, on va vers l’échange entre pays amis. Certaines entreprises le font déjà. Il est indispensable de partager des renseignements économiques. La conjoncture internationale nous y oblige. Les alliances entre pôles économiques sont salutaires. Nous devenons plus forts en partageant.
· Quelle différence y a-t-il entre intelligence économique et intelligence militaire? - L’intelligence se définit comme la compréhension d’une situation. Autrement dit, on essaie de décoder ce qui se passe. Le terme en Anglais renvoie au renseignement pur. On se renseigne pour comprendre. Ce sont deux approches différentes, mais qui ont le même résultat. Il faut se renseigner pour comprendre et à partir de là trouver une solution.
· Le Maroc est-il en avance ou à la traîne? - Nous vivons dans un monde où l’information et la connaissance sont des avantages concurrentiels. Si un pays comme le Maroc pratique l’intelligence économique, ses entreprises seront en avance. Au niveau du Maghreb, votre pays est à la pointe. Il n’y a pas de doute là-dessus. Les associations et les pouvoirs publics notamment la primature travaillent sur un projet IE. Le Haut commissariat au Plan (HCP) a déjà planché sur une étude (www.leconomiste.com). Il y a une mécanique qui se met en place.
IE: Concept flou!
L'IE se mesure au résultat. Les entreprises performantes qui maîtrisent leur environnement sont un indicateur. «Il n’existe pas d’indicateurs internationaux pour la mesurer. C’est sur le terrain que la différence se fait sentir», explique Imane Wahdani, étudiante-chercheuse à la faculté de science économique de Mohammédia. Elle travaille actuellement sur un mémoire d’étude ayant pour thème «Intelligence et veille économique: le cas du Maroc». «Le concept reste flou pour beaucoup d’entreprises marocaines. J’ai conçu un questionnaire d’une quinzaine de questions. Les décideurs économiques connaissent plus ou moins le concept. Mais ils ont du mal à concevoir ses applications pratiques», précise Imane Wahdani. C’est l’une des premières conclusions de son travail. Même constat chez le haut responsable français de l’IE, Alain juillet. «Il a fallu 30 ans pour comprendre le marketing. Nous nous retrouvons dans la même situation lorsqu’on parle d’IE», souligne-t-il. «Il faut bien sûr des outils techniques pour effectuer la veille stratégique. Mais l’intelligence économique est surtout un état d’esprit», souligne Imane Wahdani. Question de réflexe! «Il faut un esprit d’ouverture pour comprendre son espace. Le piège est de croire qu’on sait tout», commente Alain juillet.
Propos recueillis par Faiçal FAQUIHI
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