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MRE: Trop chers les transferts de fonds!
 
· De l’Espagne, 150 euros en coûtent 15

· Le Maroc 4e bénéficiaire mondial


· 1er dans la région MENA


LE débat sur l’impact des transferts de fonds des MRE n’est pas près de se tarir. Un séminaire à ce sujet s’est tenu dernièrement au siège d’Attijariwafa bank à Casablanca (cf. www.leconomiste.com). Pourtant, la réunion d’experts venus du monde entier n’aura pas suffi à apporter toutes les réponses souhaitées.
Il aura fallu attendre l’intervention du directeur des études et des prévisions financières du ministère des Finances, Mohamed Chafiki, pour recadrer une problématique de départ qui se proposait vaguement de faire le lien entre migration, transferts et la question de codéveloppement. Alors que la vraie question, comme l’a rappelé à juste titre Chafiki, se trouve plus précisément dans la nature de «la relation entre transfert et développement». D’ailleurs, pour ce volet, une récente rencontre à Barcelone sur la position de l’Espagne et du partenariat euroméditérranéen dans le nouvel instrument européen dit de «Politique européenne de voisinage». Cette dernière apporte en effet un début de réponse en mettant en exergue l’enjeu de l’intégration économique: «Comment rendre plus cohérent l’agenda économique et mettre l’accent sur le codéveloppement durable de la Méditerranée»?
Si les observateurs sont unanimes pour applaudir la «PEV», parce qu’ «elle pourrait redynamiser le Processus de Barcelone», Jean-Pierre Garson, chef de division des économies non membres et de migrations internationales à l’OCDE, émet des réserves. «Il n’existe pas de substituts à de solides politiques macroéconomiques, à la bonne gouvernance, à un système bancaire fiable, au respect de propriété, à une stratégie tournée vers les échanges extérieurs et l’attraction des investissements directs». Pour Garson, et c’est peut-être l’avis de tous, «l’Etat a un rôle primordial à jouer afin d’établir ces principes de base de développement économique».
Il n’empêche, comme l’a rappelé l’hôte de la rencontre de Casablanca, Khalid Oudghiri, PDG d’Attijariwafa bank, «il est de nos jours impossible d’évoquer le développement des pays du Sud sans le lier étroitement aux transferts de fonds effectués par leurs ressortissants installés au Nord».
L’apport des MRE en termes d’envois de fonds contribue à équilibrer la balance commerciale, dont le solde est depuis quelques années dans le rouge.
Sur la seule année 2005, ces flux ont atteint 40,7 milliards de DH, tandis que le déficit commercial dépassait les 85 milliards de DH. Ces fonds correspondent à l’équivalent de 9% de notre PIB et à 25% de nos exportations. L’Espagne, nouvellement destination des Marocains, continue sa percée pour se hisser à la 2e place, juste après la France avec 41,6% des transferts et devant l’Italie (12,4%). Avec une croissance annuelle moyenne de 41% sur les 5 dernières années, les transferts MRE restent un enjeu stratégique dans la politique de développement du pays. Pour autant, les politiques mises en œuvre facilitent-elles les moyens des transferts de fonds, notamment via le système bancaire?
De l’Espagne, un transfert d’un montant de 150 euros vers le Maroc coûte à l’émetteur 15 euros. La même opération à destination du Mexique, revient à 10,5 euros et pour l’Angola 7,5 euros! La présence de plus en plus importante des banques marocaines dans les pays émetteurs permettra-t-elle de corriger ce que Mehdi Lahlou, professeur d’économie à l’Institut national de statistique et d’économie appliquée (INSEA) qualifie «d’aberration et de contraire à la volonté politique affichée de l’Etat visant à encourager les MRE à investir au Maroc?»
Oudghiri persiste à dire que sa banque «est aujourd’hui pleinement consciente de l’enjeu que représente cette population pour l’économie marocaine ainsi que de son apport à notre système bancaire, où les dépôts MRE représentent le tiers des dépôts des particuliers à hauteur de 95 milliards de DH». Pour contribuer au développement des canaux de transferts des flux financiers vers le Maroc surtout et aux facilitations des démarches pour leur réinvestissement, la première banque privée du pays poursuit sa politique de développement international. Par exemple en Espagne, elle est présente dans toutes les villes accueillant plus de 25.000 ressortissants marocains. Objectif: «un haut niveau de qualité de services, à des prix compétitifs et une offre répondant aussi bien aux attentes de nos clients installés à l’étranger qu’à ceux de leurs familles restées au Maroc».
Les transferts de fonds demeurent une source importante dans le financement de l’économie pour un grand nombre de pays en développement. Selon une étude de la Banque européenne d’investissement (BEI), le Maroc est le 4e récipiendaire mondial et le 1er dans la région MENA.
Les transferts MRE en provenance des pays de l’Europe du Sud enregistrent chaque année une importante progression. Les recettes des MRE à partir de l’Espagne ont ainsi été de 5,1 milliards de DH en 2005 (cf. www.leconomiste.com).

Bachir THIAM
 
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