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Essaouira: Petites «misères» d’un grand festival
 
· Logement à la petite étoile et nourriture peu appétissante

· La ville reçoit vingt fois plus que sa population


· Ce qui n’a pas empêché les jet-setters de s’amuser


«C’EST une véritable razzia qu’il y a eu en ville», a lancé sur un ton humoristique un jeune hôtelier d’Essaouira. Les hôtels de la ville sont archicombles. Les réservations ont été faites trois mois à l’avance, poursuit-il. Les pensions se sont retrouvées du jour au lendemain prises d’assaut par les festivaliers. Pas une chambre de libre. Ceux qui s’y étaient pris trop tard se sont rabattus sur la location chez les particuliers.
Dès l’entrée de la ville, des rabatteurs, surtout des enfants, se postent au bord de la route. Ils font remuer un trousseau de clé afin que les automobilistes s’arrêtent. Tout le jeu consiste à attirer le plus grand nombre de clients pour l’acheminer ensuite chez le propriétaire. Un véritable réseau s’est constitué. «Pour chaque locataire, je touche une commission de 30 DH», précise Majid Salem, un jeune lycéen reconverti pour quelques jours en intermédiaire immobilier. Les prix de location ont flambé. «En 1999, une chambre se louait à 70 DH la nuit. Actuellement, elles sont à 150 DH minimum. Et il faut espérer en trouver», souligne Amine Hazaz, propriétaire d’un immeuble. En 9 ans, les prix de location notamment ont plus que doublé. Le pic est atteint durant les quatre jours du festival Gnaoua.
Certains festivaliers fuient la ville pour se réfugier au camping. Il se trouve à peine à une trentaine de minutes du centre-ville. Deux options sont proposées aux campeurs: la tente et le bungalow. Une nuit sous les étoiles coûte la modique somme de 12 DH. Les grosses bourses, pour 150 DH, peuvent se payer un cabanon. «Le camping, c’est idéal pour les gens qui sont en quête de quiétude. Et pour fuir le béton, il n’y a pas mieux», commente avec enchantement Zhor El Byed, une ancienne hipie en pèlerinage à Essaouira.
Quant aux festivaliers purs et durs, ils envahissent les plages de la ville. Dès la fin du concert, des bandes de jeunes anéantis par la fatigue, couvertures de fortune et cartons sous le bras, se dirigent vers la côte. C’est le repos du guerrier. Avec leur look new âge (piercing, tatouages, coupes de cheveux en forme de crête), on a l’impression de visualiser les séquences d’un film futuriste du genre Mad Max. Certes, se loger à Essaouira durant le festival relève du parcours du combattant. Mais pour se nourrir, c’est une tout autre histoire. Vous avez le choix entre la restauration rapide et les restaurants. A titre d’exemple, un «bocadillo» coûte entre 7 et 30 DH. Mais il ne faut pas être exigeant sur la qualité. Car ils n’ont du sandwich que le nom. «Je n’ai jamais vu de bocadillo préparés avec des olives non dénoyautées», s’exclame Hatim Wahdani. C’est la première fois que ce jeune assiste à un festival. Cette expérience est une sorte de baptême, poursuit-il sur un air positif. Pour les amateurs de restaurants, il faut compter à partir de 70 DH pour se remplir la panse. Mais à condition d’être patient. Devant la majorité des établissements, il y a une file d’attente. Et elle ne se limite pas aux restaurants. Même les laiteries et les épiceries, à n’importe quelle heure, sont gorgées de monde. Le festival, ça creuse!
«A 3 h du matin même les vendeurs de maïs sont pris d’assaut. C’est comme si on vivait les années de famine», lance perplexe Zakaria Ramidi. Etudiant en littérature anglaise, il est un habitué du festival Gnaoua. Pourtant, à chaque édition, il est surpris par l’ambiance qui s’empare d’Essaouira. A noter que la ville compte à peu près 40.000 habitants. Les festivaliers représentent 20 fois plus durant la population. A tel point que les ruelles de la médina «bouchonnent» de piétons. Au bonheur des pickpockets qui en profitent pour faire le plein. Les téléphones portables et les porte-monnaie sont particulièrement convoités. «Notre ville n’a pas été conçue pour accueillir autant de monde. C’est pour cette raison d’ailleurs que vous peinez pour stationner», précise Adil Smimo. Un banquier qui s’est installé à Essaouira depuis 25 ans. En quatre jours, la paisible cité des vents se mue en une métropole bruyante. Les infrastructures adéquates en moins.
De ce côté-là, beaucoup d’efforts sont à faire. Ceux qui parlent d’Essaouira, d’avant et après la mise en place du festival, devraient faire un tour à l’extérieur des remparts. Les fameux retombés économiques peinent à être perçues. Certes, les grands hôtels et les maisons d’hôte ont champignonné un peu partout. Mais le quartier historique, notamment El Mellah, est presque en délabrement. Il est vrai aussi qu’un festival ne se substitue pas à la mairie.


People


PARALLÈLEMENT au festival, des soirées mondaines ont été organisées dans les hôtels huppés d’Essaouira. Tout le gotha de Rabat et de Casablanca s’y était donné rendez-vous. Hommes politiques, artistes, hommes d’affaires et journalistes. Parmi les fêtards, on pouvait reconnaître notamment Nabil Ben Abdellah, ministre de la Communication, Mohammed Al Achari, ministre de la Culture, André Azoulay, le reporter Daniel Brown, le réalisateur Abderrahman Tazi…

Faiçal FAQUIHI

 
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