· L’intermédiation se renforcera
· Soutien à la microfinance via le refinancement
· Une offre intégrée pour les PME et TPE
Se frayer une place parmi les pays émergents à l’horizon 2030 ne sera pas aisé pour le Maroc. Que de chantiers à réaliser d’ici-là! Modernisation de l’agriculture, restructuration du tissu industriel, redéploiement du commerce extérieur... Et sans le concours des banques, il ne sera pas possible de relever ces défis. «Au coeur de la problématique de la croissance, se pose la question de l’investissement. Pour devenir une économie émergente, nous devons réaliser un taux de croissance de 6 à 8% pour rattraper le retard», rappelle Ahmed Alami Lahlimi, Haut-Commissaire au Plan lors la 3e session du Forum «Prospective Maroc 2030» tenue la semaine dernière à Casablanca. Dans les toutes prochaines années, il faudra investir pas moins de 30% du PIB pour entrer dans le processus de l’émergence. Ce qui pose avec acuité le problème de la capacité de financement, de la collecte et de la valorisation de l’épargne nationale et de l’attractivité de l’investissement direct étranger. Dans ce contexte, les banques marocaines sont-elles en mesure de jouer le jeu? Pour Brahim Benjelloun-Touimi, administrateur-directeur général de BMCE Bank, il ne fait aucun doute que le pouvoir bancaire au sein de la société sera renforcé en raison du rôle que le secteur aura à jouer en tant qu’agent de développement économique et sociétal, fortement impliqué dans le processus de développement durable. Pour autant, il ne faut pas se faire d’illusion, le taux de bancarisation continuera de croître lentement. Le porte-monnaie électronique pourrait contribuer à l’effort de bancarisation. Les banques les plus audacieuses profiteraient d’une forte pénétration de ce moyen de paiement, notamment auprès des jeunes et des populations enclavées. «Le mobile, via le SMS, peut être un support de règlement de faibles montants et les recharges du mobile disponibles sur un compte prépayé chez les commerçants dotés de terminaux adéquats. Des services destinés aux jeunes, aux analphabètes et aux familles des MRE notamment. Pas de rupture non plus par rapport à la fonction d’intermédiation bancaire. «Les acteurs des marchés financiers et des capitaux et les promoteurs de la finance directe resteront adossés pour la plupart, à des groupes bancaires», pronostique le DG de BMCE Bank. Quant à la demande de services tels que le corporate, elle émanera essentiellement des grandes entreprises, investisseurs institutionnels et groupes publics et peut être de quelques PME structurées. Mais cela ne supplantera pas les concours bancaires directs, loin de là. Le crédit continuera à occuper une place prépondérante, en particulier le crédit à court terme. De ce fait, les intérêts et autres produits d’intermédiation classique constitueront encore l’essentiel du produit net bancaire (PNB). «Les commissions s’amélioreraient mais de façon marginale». Les banques étrangères et notamment françaises renforceront leur présence avec la montée en charge des différents accords de libre-échange. En outre, les opérations de consolidation du secteur dans la zone UE auront une incidence sur le paysage bancaire marocain. Celui-ci sera marqué par la percée de la microfinance, «antichambre de la bancarisation». Les banques multiplieront les fonds de refinancement et de garantie, pour accompagner cette dynamique. Il faut s’attendre également à une expansion de la microépargne et de la microassurance. Parallèlement, il faudra combler les besoins croissants de consommation et d’équipement des ménages. Ainsi, la distribution de produits financiers via la banque de détail gardera une longueur d’avance sur les activités de marché et de conseil notamment. En revanche, pas de bouleversement à attendre du côté de l’accès au financement des PME et des TPE. «Les deux types d’entreprises continueront à représenter une problématique décisive pour les banques, faute de transparence et de bonne gouvernance», reconnaît le DG de BMCE Bank. Pour atténuer la vulnérabilité de ces entités face aux aléas de la conjoncture et de l’ouverture des frontières, les banques n’auront d’autre choix que de proposer une offre intégrée aux PME qui allie à la fois conseil, financement du haut de bilan et accompagnement dans la restructuration.
Rayonnement régional
Les banques marocaines seront en pole position pour soutenir l’émergence d’une économie maghrébine. Au programme, partenariats dans les métiers de conseil et de banque d’affaires et accessoirement dans la banque de détail. Idem en Afrique subsaharienne francophone où le processus d’implantation a d’ores et déjà commencé (banque commerciale, d’affaires et assurances). En outre, l’activité MRE les incitera à multiplier des partenariats dans les pays d’accueil pour développer une relation de proximité sur l’autre rive de la Méditerranée. Le seul moyen de maintenir le flux de transferts de devises. «Pour conquérir cette cible, les banques étrangères investiront de plus en plus dans des profils proches des MRE», relève Omar Bounjou, directeur général d’Attijariwafa bank. Aussi, les banques marocaines devront-elles faire preuve d’intelligence en allant au-delà de la simple représentation. Elles devront nouer des partenariats et investir dans des réseaux limités en privilégiant des canaux de distribution alternatifs (mobile et Internet). L’objectif étant non pas de gagner de l’argent sur place, mais de fidéliser la clientèle et renforcer les liens au Maroc.
Et le développement durable?
L’un des enjeux qui concerne aussi les banques sera de répondre aux besoins immédiats des opérateurs sans compromettre les intérêts des générations futures. «Il s’agit de veiller à la fois à satisfaire les besoins de la communauté et à améliorer la qualité de vie sans négliger la prise en charge des besoins de certaines franges de la population», explique Hassan El Basri, directeur général adjoint de la BCP, chargé du pôle Développement. D’où l’importance de la responsabilisation des entreprises et des consommateurs et du respect des règles de bonne gouvernance. Les exigences du développement durable et celles du secteur bancaire peuvent a priori paraître antinomiques, sachant que les critères de rentabilité priment pour le second. Tout le challenge résidera justement à faire converger leurs intérêts. Ce n’est pas un hasard si le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) reconnaît le rôle des fournisseurs de services financiers dans la promotion du développement durable mondial. A noter également l’émergence de nouveaux concepts tels que l’investissement socialement responsable. «A ce jour, 170 banques ont ratifié la déclaration du PNUE et la plupart ont créé des structures de réflexion et de coordination, sans oublier le lancement de fonds dédiés», précise Hassan El Basri. Pour le Maroc, cela suppose une lutte plus franche contre l’exclusion bancaire, le financement du logement social ainsi que la promotion de l’esprit entrepreneurial et du microcrédit. Sans négliger le respect des règles de bonne gouvernance par l’ensemble du tissu économique.
Mouna KABLY
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