· 9e pour l’environnement macroéconomique
· 10e pour l’usage et la créativité technologique
· La corruption, grand facteur de blocage
Le World Economic Forum (plus connu sous l’appellation de Forum de Davos) vient de sortir son rapport 2005 sur la compétitivité du monde arabe présenté à Qatar le 2 avril (The arab world competitiveness report). Il décortique les évolutions de 12 pays arabes (Maroc, Algérie, Tunisie, Yémen, Qatar, Bahreïn, Egypte, Emirats arabes unis, Arabie saoudite, Oman, Liban et Jordanie). A la loupe donc l’environnement macroéconomique, la qualité des institutions publiques et l’usage de la technologie. Les performances du Maroc sont décevantes comparées à celles des autres pays: il est classé 8e en termes de compétitivité globale, derrière la Tunisie (6e) mais devant l’Algérie (10e). Sa croissance est molle, ses objectifs à aller vers plus de transparence et une meilleure gouvernance, bien que clairement affichés, ne sont pas tout à fait atteints. La corruption reste le 4e facteur de blocage à l’entreprenariat, selon les enquêtes d’opinion menées par le Wef. Le Royaume est classé 9e pour son environnement macroéconomique (la Tunisie est classée 6e et Amman 7e) et 7e pour la qualité de ses institutions publiques (6e pour la Tunisie et 5e pour la Jordanie). Pour l’usage et l’innovation technologique, il occupe le 10e rang. Là encore, la Tunisie et la Jordanie font mieux en s’adjugeant les 5e et 4e places respectivement. L’environnement macroéconomique est mesuré par la stabilité macroéconomique, l’optimisation des dépenses publiques et le rating financier du pays. Sur ces trois plans, le Maroc ne brille pas: 8e pour la stabilité macroéconomique, 9e pour l’optimisation des dépenses publiques (waste rank) et 6e pour le rating financier. Au-delà de ces petites performances, le fait que seul un Marocain soit présent à cette rencontre alors que les autres pays ont envoyé des “names” comme on dit dans le milieu, est révélateur. Inconscience? Négligence? Pas assez intéressant?… Nous n’en saurons rien, car il est difficile de trouver un responsable qui assume sa non-présence. “Il faut aller voir du côté du commerce extérieur, des associations professionnelles ou encore du côté du ministre du Tourisme et pourquoi pas celui de la Pêche?!” Les rigidités mentales se reflètent aussi dans ces comportements, comme celui qui consiste à critiquer systématiquement ces chiffres qui classent si mal le Maroc. L’analphabétisme chez les 15-24 ans? Pfff! Ces données datent de l’enquête de 1998, dit un responsable. Un ex-ministre pense lui aussi que c’est trop gros comme ordre de grandeur. Il préfère par contre se fier à son flair et à son expérience: “Je visite beaucoup de villages et une fois sur deux, les jeunes que je rencontre sont alphabétisés”. Qui peut savoir finalement? Au mieux, près d’un quart des 15-24 ans sont analphabètes (voir encadré). Certes, ce n’est pas les 30% cités dans le rapport. Mais il faut toute proportion garder: un quart des 15-24 ans, c’est excessif, cela fait près d’un million et demi de jeunes (Direction de la Statistique, 2001)! De toutes les façons, les investisseurs mondiaux retiendront ce chiffre. Mais cela pose deux problèmes: l’absence d’outils statistiques et surtout cette réalité-là qu’il est difficile de ne pas voir: l’échec des programmes d’alphabétisation.
Dépenses publiques: Aïe, aïe, aïe!
Le critère gaspillage des dépenses du gouvernement est nouveau dans le panel de critères retenus pour mesurer la compétitivité. Celui-ci est intégré avec la stabilité macroéconomique et le rating financier pour mesurer l’environnement macroéconomique, l’un des trois piliers (institutions publiques et technologies) de l’index compétitivité. Il se trouve que le Maroc est classé 9e derrière la Tunisie qui affiche un joli classement: elle est 3e. Ce critère mesure en quelque sorte l’efficacité de la dépense publique. L’Education nationale figure parmi les ministères qui gaspillent le plus. Les dépenses sont jugées non optimisées. En plus de l’explosion de la dette publique, qui a doublé en 5 ans, les dépenses du gouvernement sont considérées inefficaces par rapport aux résultats. Ce qui nécessitera, selon le Wef, “une consolidation fiscale ambitieuse dans les années à venir”.
NTIC, un classement incompréhensible
La Tunisie fait mieux que nous. D’emblée, personne n’est d’accord avec cette performance. Tout le monde est persuadé que le Maroc devance la Tunisie en matière de nouvelles technologies. Et pourtant, les données sont crédibles: elles proviennent de l’International Telecommunication Union. Le Maroc a 250 lignes pour 10.000 habitants (24 pour mille selon Iris) contre le double pour la Tunisie. En fait sur l’index technologies, le Maroc se trouve en dixième place alors que la Tunisie est cinquième. Dans cet index, on retrouve les sous-critères: l’innovation qui classe le Maroc 10e , six rangs derrière la Tunisie! L’usage technologique (par les entreprises) lui vaut le 10e rang alors que la Tunisie s’adjuge le 5e. Quant au transfert technologique, Rabat occupe la 9e position contre la 5e pour Tunis. En fait, la pénétration et l’usage d’Internet et des nouvelles technologies croissent moins rapidement qu’en Tunisie. On jurerait du contraire pourtant. Le Wef estime que les entreprises et particuliers marocains n’absorbent pas rapidement les dernières innovations technologiques. En plus, comme les années précédentes, le Maroc est frileux côté innovation et créativité.
Au moins un million et demi des 15-24 ans analphabètes
Le Wef ne retient plus comme critère l’alphabétisation globale, mais celle des jeunes qui arrivent sur le marché du travail. Le Maroc est avant-dernier avec un taux de 69,5% (devant le Yémen qui affiche, lui, 63%). Autrement dit, 29,5% des nouvelles générations (les 15-24 ans) ne savent ni lire ni écrire. De l’avis des experts, cette donnée est un peu surestimée. Elle proviendrait de l’enquête réalisée en 1998, selon le secrétaire d’Etat à l’Alphabétisation Anis Birou, qui attend impatiemment les résultats du dernier recensement. Sous ses conseils (c’est un statisticien), nous avons pu obtenir une estimation globale en tenant compte des taux de non-scolarisation et d’abandon au cours des trois premières années du primaire. Les quinze ans d’aujourd’hui ont été scolarisés vers 1995-96 où le taux de scolarisation était d’environ 82%. En y intégrant les enfants qui ont abandonné l’école, nous retrouvons un taux de près de 25%. En adoptant la même démarche pour les jeunes de 24 ans, il ressort qu’à peu près un quart n’ont pas été dans le système scolaire depuis leur enfance, et par extrapolation, on peut les considérer analphabètes, à moins qu’ils aient suivi une formation par ailleurs. Ils sont près d’un million et demi! La Tunisie, Jordanie, tous les autres pays en fait, sont loin devant et approchent les 100% dans l’alphabétisation de leurs jeunes. Ils en sont même à une redéfinition de l’alphabétisation (savoir lire et écrire ne suffit plus).
Mouna KADIRI
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