L'Edito

Aberrations

Par | Edition N°:887 Le 02/11/2000 | Partager

Qu'y a-t-il de commun entre une compagnie d'assurances et la pauvreté? Rien, dira-t-on. En effet, une compagnie d'assurances est riche, donc il n'est pas question de parler d'elle quand on parle de pauvreté. La pauvreté et la compagnie d'assurances sont dans des catégories mentales tout à fait différentes, que personne ne s'avise de rapprocher.Erreur, lourde erreur, qui se base sur une compréhension superficielle de l'économie sociale. A ce sport, le Maroc est champion. Pour rester sur le seul exemple de l'assurance, le Maroc est même allé jusqu'à considérer pendant un quart de siècle que les compagnies de bus devaient se dispenser de payer leur propre assurance pour que le ticket soit un peu moins cher. Résultat: chauffeurs, passagers et tiers ayant un accident sombrent dans la misère la plus profonde, car personne ne prend en charge leurs soins ou leurs pensions. Mieux: puisque l'assureur n'est pas là avec sa menace d'augmenter les prix si les véhicules sont mal entretenus, pourquoi faire les frais de l'entretien? Deuxième résultat: les bus deviennent des machines à accident, des machines à replonger dans la misère des familles qui avaient fait l'effort d'en sortir. La belle économie sociale que voilà!Et tous ces drames à cause de quoi? A cause d'une vision étriquée du monde, une vision incapable de concevoir les liens réels qui existent entre le social et l'économique. L'assurance est un cas particulièrement émouvant, mais le tissu marocain est rempli de ce genre d'aberrations mentales débouchant sur des politiques économiques contre-productives, qui détruisent les efforts bien naturels que font les gens pour mettre leur famille à l'abri de la pauvreté.Nadia SALAH

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